Crise agricole

Malaise paysan : la bourse ou l’épi

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Péage du Bignon (44), au-dessous de Nantes, le 29 janvier 2024. La FDSEA de Loire-Atlantique et les Jeunes Agriculteurs de Loire-Atlantique mènent une action de blocage sur l’autoroute A83

Péage du Bignon (44), au-dessous de Nantes, le 29 janvier 2024. La FDSEA de Loire-Atlantique et les Jeunes Agriculteurs de Loire-Atlantique mènent une action de blocage sur l’autoroute A83. © Estelle Ruiz/Hans Lucas/AFP

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Et si ce que se jouait actuellement, dans le mouvement des agriculteurs, c’était la réactivation de l’ancienne querelle entre physiocrates et mercantilistes ? À savoir : quelle est la vraie source de la valeur, la nature ou le marché ?


 

« Quelque habileté qu’ait un fermier, il est toujours ignoré, souvent il est méprisé. » Ce constat amer n’est pas dû à un militant de la FNSEA, mais à C. G. Le Roy, dans l’entrée « Fermier » de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Il ne date pas de 2024, mais de 1751. Deux siècles et demi plus tard, les agriculteurs luttent toujours pour une reconnaissance à la fois concrète et symbolique.

Du point de vue économique, les revendications du mouvement sont connues : elles concernent le maintien de la détaxation du gazole non routier, l’allègement des normes liées au pacte vert de la politique agricole commune européenne et enfin une plus stricte régulation des marchés. Les producteurs français sont exposés à la concurrence directe de produits venant d’autres pays qui n’imposent pas les mêmes réglementations à leurs agricultures, spécialement dans l’élevage. Au-delà de ces revendications, il y a aussi le sentiment de n’être pas reconnus à leur juste valeur. Un contrat moral implicite lie en effet les agriculteurs à la nation : on leur demande d’être des gestionnaires avisés, de rembourser leurs crédits, donc d’être à la tête d’entreprises rentables, mais aussi d’entretenir l’ensemble des terroirs, d’être les garants de la bonne qualité des sols, de l’eau et de l’alimentation. En plus des récoltes ou des produits d’origine animale qu’ils vendent, les agriculteurs ont donc un rôle à jouer à la fois au niveau de l’esthétique des paysages, fondamentale pour le secteur du tourisme, des équilibres écologiques, menacés par le réchauffement climatique, mais également de la santé publique. N’est-ce pas demander beaucoup à un seul type d’acteurs économiques, par ailleurs souvent surendettés ? En somme, les agriculteurs ont l’impression de ne pas être rémunérés à la hauteur de leur utilité sociale.

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