La grande oubliée
Margaret Cavendish, excentrique pionnière du panpsychisme
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Cet article est issu du numéro 176 de Philosophie magazine « Comment prendre la bonne décision ? », en kiosque le 11 janvier 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Peu après Descartes, elle conteste sa vision dualiste de l’âme et du corps et fonde une théorie qui lie tous les éléments du vivant. Dans cette nouvelle rubrique qui présente un ou une philosophe injustement méconnue, découvrez la pensée et la vie haute en couleur de Margaret Cavendish, qui se revendiquait la première « autrice » dans un monde intellectuel presque exclusivement masculin.
Qui es-tu, Margaret Cavendish ?
Première femme de lettres anglaise à revendiquer le titre d’authoress (« autrice »), Margaret Cavendish marque les esprits de son temps par sa détermination à faire entendre sa voix dans un monde intellectuel presque exclusivement masculin. Née en 1623 à Colchester, dans une famille de l’aristocratie, elle reçoit l’enseignement de tuteurs et passe de longues heures à explorer la bibliothèque familiale. Elle commence très tôt à consigner – en secret – certaines de ses réflexions. Âgée d’à peine 20 ans, elle assiste à l’éclatement de la première révolution anglaise. La voilà qui suit, en 1644, la reine Henriette, dont le Parlement réclame la tête, dans son exil en France. Elle y épouse William Cavendish, grand lecteur de philosophie. Établie à Paris, elle tient un salon où se croisent certains des plus grands esprits de l’époque – Hobbes et Descartes, notamment. Elle publie tant des poèmes (Poems and Fancies, 1653) que des traités philosophiques (Philosophical and Physical Opinions, 1655). Avec la restauration des Stuart en 1660, elle peut regagner l’Angleterre. Résolue à débattre d’égal à égal avec les hommes, elle est, en 1667, la première femme admise à une séance de la Royal Society of London. Mettant à profit sa notoriété croissante, elle plaide pour l’accès à l’éducation des jeunes filles. Figure atypique, parfois moquée pour son excentricité aussi bien intellectuelle que vestimentaire – elle sera surnommée « Mad Meg », « Margot la folle » –, Margaret Cavendish s’éteint le 15 décembre 1673. « Il y a en elle quelque chose de noble, de donquichottesque et d’optimiste, ainsi qu’un peu de folie, dira d’elle Virginia Woolf près de trois siècles plus tard. Elle a la bizarrerie d’un elfe, l’irresponsabilité d’une créature non humaine. »