Xinjiang, un génocide ?
Marie Holzman : “Les Ouighours et les Kazakhs sont désignés par Pékin comme les peuples à abattre”
Cette rare image publique de minorités ethniques incarcérées dans la région du Xinjiang (Chine) montre des détenus du “centre d'éducation et de formation numéro 4 du comté de Lop”. Photo identifiée par Concerned Scholars of Xinjiang. Via Mediapart
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Pour la spécialiste de la Chine Marie Holzman, si nous ne connaissons pas encore l’ampleur des persécutions menées par le pouvoir chinois à l’encontre des Ouïghours, des Kazakhs et des Kirghiz du Xinjiang, il est indéniable que ce qui se passe actuellement correspond à la définition stricte de ce qu’est un génocide. Explications.
L’utilisation du mot « génocide » concernant le drame qui se déroule actuellement dans la Région dite autonome du Xinjiang, au Nord Ouest de la Chine peut choquer certaines personnes, qui préfèrent lui substituer le mot « ethnocide », plus acceptable par la majorité des personnes. Essayons de comprendre pourquoi.
Le mot « génocide » garde une telle aura que personne ne saurait l’utiliser à la légère. Penchons-nous un instant sur le passé. Lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, personne ne savait combien le système avait fait de victimes. Même chose au moment de l’effondrement du Troisième Reich. Près d’un siècle plus tard, les historiens se disputent encore : les Nazis ont-ils tué 200 000 ou 2 millions de Roms, on n’en sait toujours rien !
Plus de 3 millions de Ouïghours passés par les camps de « formation »
Aujourd’hui, nous ne savons pas combien de Ouïghours sont morts en détention, condamnés à mort, torturés, ou simplement abandonnés sans soins après avoir été battus. Mais nous en savons assez pour être bouleversés et révoltés. Nous savons que le gouvernement chinois a donné des ordres pour enfermer des centaines de milliers de Ouïghours à la fois, théoriquement pour leur donner une formation professionnelle, pratiquement pour les endoctriner, les forcer à parler chinois et à avoir le cerveau lavé par la propagande officielle. Les observateurs les plus scrupuleux estiment que depuis 2017 ce sont environ 1 million de Ouïghours par an qui ont été soumis à ce genre de traitement. Autrement dit, un Ouïghour sur douze. À ce rythme là ce serait bien plus de 3 millions de Ouighours qui seraient passés successivement par les camps de « formation ».