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Marlène Laruelle : “Au Kazakhstan, il y a deux manifestations de violence parallèles”

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Un manifestant kazakh protestant devant la hausse des prix du pétrole et du gaz dans le pays devant les bureaux de la mairie d’Almaty, le 5 janvier 2022

Un manifestant kazakh protestant devant la hausse des prix du pétrole et du gaz dans le pays devant les bureaux de la mairie d’Almaty, le 5 janvier 2022. © Yerlan Dzhumayev/TASS/Sipa

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Que se passe-t-il au Kazakhstan ? Pour l’historienne Marlène Laruelle, directrice de l’Institut pour les études européennes, russes et eurasiennes (Ieres), la situation actuelle est la conjonction de deux dynamiques : l’une, liée à des préoccupations socio-économiques de la population ; l’autre provoquée par un coup d’État interne qui a conduit à la mise à l’écart de Noursoultan Nazarbaïev, ancien président qui restait jusque-là chef du Conseil de sécurité du pays.

 

Quel a été le déclencheur des manifestations au Kazakhstan ? 

Marlène Laruelle : Les manifestations ont débuté à la suite de la hausse brutale du prix du gaz et des carburants, dans l’ouest du pays, avant de se répandre rapidement dans les principales villes et de prendre une tournure violente dans l’ancienne capitale Almaty. Toutefois, les manifestations ont été concomitantes à une tentative de coup d’État interne lancé dans les coulisses du pouvoir. Les violences que l’on a pu voir à Almaty sont le produit du coup d’État et non des manifestations originelles. Bien évidemment, il peut être difficile de dissocier les « vrais » manifestants de ceux engagés pour créer du chaos et prendre d’assaut les bâtiments officiels, mais il y a clairement deux évènements parallèles. On ne sait pas non plus les détails du « coup », s’il était préparé depuis longtemps ou a surgi à l’occasion de la crise actuelle. Dans tous les cas il semble avoir été mal géré au point que certains experts doutent de cette lecture et y voient quelque chose d’organisé par le président Kassym-Jomart Tokaïev lui-même pour se débarrasser de ses concurrents en interne.

 

Est-ce la première fois que le pays connaît des protestations de cette ampleur ?

Le pays avait connu des manifestations importantes – et réprimées dans la violence – dans l’ouest du pays en 2011 mais elles étaient restées confinées à cette région proche de la mer Caspienne. Au printemps 2019, lors de la semi-passation de pouvoir entre le président Noursoultan Nazarbaïev et son successeur Kassym-Jomart Tokaïev, des manifestations avaient également secoué la capitale Astana – rebaptisée Nour-Soultan – et l’ancienne capitale Almaty, principalement animées par les classes moyennes qui demandent plus de démocratie, moins de corruption, et sont fatiguées du culte de la personnalité autour de Nazarbaïev, l’ancien président. Donc les deux dimensions – socioéconomique à l’ouest et politique dans les deux capitales – existaient déjà et elles ont « fusionné » en janvier 2022 pour produire la crise actuelle.

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