Généalogie d’une notion
Métamorphoses de la métapolitique
Martin Heidegger vers 1954. © SPPS/Rue des Archives
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Joseph de Maistre : le plan divin
La généalogie de l’idée de métapolitique remonte à Joseph de Maistre, l’un des plus importants penseurs contre-révolutionnaires. Il n’invente pas le terme, qu’il emprunte probablement à des penseurs allemands comme Christoph Wilhelm Hufeland et August Ludwig Schlözer. C’est cependant lui qui en popularise l’usage. À ses yeux, la métapolitique est la « métaphysique de la politique » : elle désigne les « fondements cachés de l’édifice social », le plan divin qui détermine le cours des choses sans que les hommes aient prise sur lui. De Maistre s’attaque, à travers ce concept, à l’idée moderne du politique, qui suppose que les hommes décident de leur destin. Les hommes, pour De Maistre, sont les jouets d'une histoire qui les dépasse. « Aucune constitution ne résulte d’une délibération : les droits du peuple ne sont jamais écrits, ou ils ne le sont que comme de simples déclarations de droits antérieurs non écrits. L’action humaine est circonscrite […], au point que les hommes qui agissent ne sont que des circonstances. » L’objectif est on ne peut plus clair : soustraire à l’homme sa prétention à constituer la communauté politique, qui reste pour De Maistre déterminée par des processus historiques où l'on perçoit la main de Dieu.
Martin Heidegger : le destin de la pensée
Difficile de dire si c’est chez De Maistre que Martin Heidegger puise sa conception de la métapolitique. Les deux hommes partagent, en tous cas, un mépris commun pour la pensée des Lumières, pour la prétention des hommes à déterminer collectivement leur existence. Pas de plan divin, cependant, chez Heidegger. La métapolitique, pour le philosophe de la Forêt-Noire, accompagne une rupture radicale : « La fin de la “philosophie”. – Nous devons la mener à sa fin et préparer ainsi le tout autre. – Méta-politique. » Cette rupture est un nouveau commencement, elle ouvre une nouvelle ère libérée de la métaphysique. C’est la métaphysique, érigée sur l’oubli de l’être au profit de l’appropriation par l’homme de tout ce qui existe qui est responsable, pour Heidegger, de « cette manière d’être homme qui consiste à occuper la sphère des pouvoirs humains en tant qu’espace de mesure et d’accomplissement pour la maîtrise et possession de l’étant en sa totalité. » La politique doit être dépassée : elle est e règne de la volonté de puissance. Ce dépassement ne peut être accompli par la politique elle-même, de l'intérieur du jeu des partis, des débats et des élections : il est la resposabilité du penseur et du poète. Il passe par un ultime geste, qui pousse à l’extrême, pour la détruire, la politique. Ce geste à un nom pour Heidegger, au moins pendant une période : le nazisme, dont le « principe barbare » est perçu comme passage à l'extrême ouvrant une nouvelle ère.