Entretien

Michela Marzano : “ Le conformisme encourage la chirurgie esthétique ”

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Cet article est issu du numéro 40 de Philosophie magazine « 40 - juin 2010 », en kiosque le 27 mai 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Corriger un nez camus ou s’offrir une paire de seins rebondis : alors qu’en France, le recours au bistouri se banalise – avec quelque 20 000 opérations par an –, Michela Marzano en éclaire les enjeux moraux.

 

Pour vous, la chirurgie esthétique entre-t-elle dans les options existentielles possibles ?

Michela Marzano : J’ai un point de vue plutôt libéral sur la question. Il revient à chacun de décider pour lui-même, dans la mesure où les satisfactions existentielles sont différentes d’un individu à l’autre. Je ne vois pas de raison majeure pour laquelle la liberté d’accès à la chirurgie esthétique devrait être fermée ou conditionnée.

 

Pourriez-vous y avoir recours ?

Cela ne m’intéresse pas. Peut-être ai-je eu la chance de ne pas avoir de complexe particulier quant à mon physique ; ce qui ne signifie pas, pour autant, que je sois contente de mon corps ! Mais j’ai pris l’habitude de m’accepter telle que je suis. Et puis, la perspective de me soumettre au scalpel me rebute, si cela n’est pas absolument nécessaire… Distinguons, néanmoins, deux situations : la problématique de la chirurgie esthétique n’est pas celle de la chirurgie réparatrice. Nul n’est à l’abri d’un accident, d’un cancer, et si l’on voit son image corporelle sérieusement endommagée, alors il n’est plus seulement question d’un désir, mais bel et bien d’un besoin d’intervention. Dans le cas de la chirurgie esthétique, l’opération a pour but d’adapter le corps à un idéal de beauté qui lui est extérieur. Dans le cas de la chirurgie réparatrice, cet idéal n’est plus extérieur mais intérieur, l’enjeu est de coïncider de nouveau avec soi-même, pas du tout d’entrer dans un moule.

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