Analyse
Mort d’Alex Pretti à Minneapolis : comment sortir de la rhétorique de la “bonne victime” ?
New York (États-Unis), le 31 janvier 2026. Des militants occupent la Trump Tower et lisent les noms des 37 personnes tuées par l’ICE depuis l’entrée en fonction de Donald Trump. © Michael Nigro/Sipa
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D’abord présenté comme une « victime idéale », Alex Pretti, tué par l’ICE fin janvier aux États-Unis, se révèle moins angélique qu’il a pu être dit. Mais pourquoi faudrait-il des figures intouchables pour incarner des combats nobles ? Le parti pris d’Apolline Guillot.
Un infirmier de 37 ans, blanc, éduqué, qui s’engage et défend une femme à terre : un alignement des planètes parfait pour un martyr incontestable. En quelques jours, Alex Pretti, tué par les miliciens de la police de l’immigration aux États-Unis (ICE), est devenu le martyr de l’Amérique progressiste. Un article sur le site bikepacking.com, illustré d’une photo d’Alex Pretti en look total lycra, nous apprend qu’il était membre actif d’une communauté de cyclistes soudée. Depuis sa mort, on partage des photos de lui en tenue d’infirmier – métier du soin valorisé depuis le Covid-19, surtout quand il est pratiqué par un homme, la rareté constituant en elle-même un exploit. On visionne des vidéos de lui rendant hommage aux vétérans qu’il soigne : il est patriote, par-dessus le marché.
“Est-ce un crime de ne pas être un ange, quand on est soi-même victime d’une injustice ?”
Et puis... il y a quelques jours, le grand public l’a découvert dans une vidéo en train de rouer de coups de pied le phare arrière d’un véhicule de l’ICE. Ces images changent-elles quelque chose à la perception que le public se fait de Pretti ? Est-ce un crime de ne pas être un ange, quand on est soi-même victime d’une injustice ?
Une milice d’État faite de nervis criminels
Cela n’a échappé à personne : cette année, l’ICE s’est réveillée. La police américaine chargée de traquer les migrants clandestins a vu ses effectifs doubler, son budget enfler (6 milliards de dollars en 2016, 85 milliards aujourd’hui) et s’est dotée d’un réseau de prisons flambant neuves où sont détenues plus de 70 000 personnes, un record depuis sa création en 2002. Kristi Noem, la secrétaire à la Sécurité intérieure à la tête de l’ICE, est connue pour la mise en spectacle de la cruauté – après d’être vantée dans son autobiographie d’avoir tué son chiot à bout portant, elle ne cesse de plaisanter sur les conditions de détention des migrants illégaux qu’elle enferme. Au moins 30 à 32 personnes sont mortes en détention selon les statistiques officielles depuis l’an dernier, marquant l’année 2025 comme la plus meurtrière depuis la création de l’agence.