Necmiye Alpay. La linguiste qui défie Erdoğan
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Cet article est issu du numéro 118 de Philosophie magazine « 118 - avril 2018 », en kiosque le 22 mars 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La prison ? « On s’y attend à tout moment », lâche Necmiye Alpay. Et lorsque sa compagne de dortoir, l’écrivaine Asli Erdoğan, lui demande, durant ses quatre mois de détention, entre août et décembre 2016, comment ce cauchemar va se terminer, elle répond : « Ils peuvent nous relâcher demain, mais aussi nous garder en prison jusqu’à la fin de nos jours. » Il faut dire que cette philosophe et linguiste turque de 71 ans s’est endurcie après des décennies de combat pour les droits humains. Elle a fait plusieurs séjours en prison, notamment trois années après le coup d’État militaire de 1980. Elle essuie désormais la colère du président Recep Tayyip Erdoğan, qui réprime en masse ceux qu’il soupçonne d’avoir encouragé la tentative de putsch de juillet 2016, ou simplement ceux qui contestent sa politique autoritaire. Le crime de Necmiye Alpay ? Avoir fait partie du comité de rédaction du quotidien Özgür Gündem, qui défend les droits des Kurdes et dont la parution a été suspendue par le pouvoir. Avec Asli Erdoğan, Necmiye Alpay vit la dureté de la détention. À son âge, ses genoux ne sont plus assez forts pour utiliser les toilettes à la turque. Elle côtoie également des femmes extraordinaires, « des résistantes », anciennes activistes des années 1990, blessées depuis longtemps et très mal soignées. Libérée avec Asli Erdoğan fin décembre 2016, elle est aujourd’hui en attente de son jugement.