La notion
Omnicide
© Alfred Kenneally/Unsplash
Cet article est issu du numéro 143 de Philosophie magazine « De la fin de la démocratie en Amérique », en kiosque le 24 septembre 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans une relative indifférence, la forêt californienne continue de partir en fumée. Ces derniers jours, pas moins de 8 000 kilomètres carrés (80 fois la surface de Paris) ont été ravagés par les flammes. Difficile de ne pas y voir un effet du réchauffement climatique, ce qui pousse certains à parler d’« omnicide » pour insister sur notre responsabilité collective dans ce « meurtre de toutes choses ». Avant de tomber dans l’oubli, le terme omnicide a été utilisé dans les années 1990 pour évoquer la désolation nucléaire. À l’instar du champignon atomique, le feu fait table rase ; il anéantit toute vie, et jusqu’à la mort elle-même – si l’on pense à la biomasse en décomposition qui nourrit normalement l’humus des sols. Comme à Hiroshima, la vie finira sans doute par reprendre ses droits. Cependant, pour Anna Tsing, qui s’est intéressée aux « possibilités de vivre dans les ruines » dans son livre Le Champignon de la fin du monde (La Découverte, 2017), le vivant qui parvient à s’enraciner dans la désolation est sans commune mesure avec l’équilibre séculaire des forêts primaires. Il relève de ce que l’anthropologue américaine nomme une « troisième nature », ni totalement sauvage, ni totalement « cultivée » par l’homme.