Imaginaires
Où est l’enfer ?
William Blake (1757-1827), “Les Voleurs et les Serpents”, illustration de la “Divine Comédie” de Dante Alighieri. Plume et encre avec eau sur crayon et craie sur papier, 37,2 x 52,8 cm, 1824-27. Conservé à la Galerie nationale de Victoria, Melbourne (Australie). © Bridgeman Images
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Aux Nations unies, António Guterres a ouvert le sommet sur l’action climatique sur une parole vigoureuse : notre addiction aux énergies fossiles aurait « ouvert les portes de l’enfer ». L’enfer est-il donc sous ou sur la terre ? Tout dépend la manière de l’imaginer. Analyse.
Le 20 septembre dernier s’ouvrait le sommet sur l’ambition climatique à New York. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres fustigeait dans son discours notre addiction aux énergies fossiles qui aurait « ouvert les portes de l’enfer ». « Le monde est en feu » pouvait on aussi entendre de la part de Mia Mottley, Première ministre de la Barbade. Tout l’imaginaire de l’enfer semble ici s’être déplacé… sur terre, par l’entremise de la crise climatique. Et pourtant, ce lieu mythique n’échappe pas totalement au monde souterrain : ce n’est pas un hasard si ce sont les énergies fossiles qui sont pointées du doigt. Enfer, où es-tu donc ?
La douleur d’en bas
L’enfer, pour l’étymologie, est à la fois la place où l’on souffre (« enfern » avant 1200), et le lieu souterrain (« infernus » en latin). Et en effet, dès ses premières traces dans les écritures mésopotamiennes (2000 av. J.C), il est désigné comme le lieu de l’« En Bas », dirigé par les dieux des morts. Chez les Grecs, la poésie l’évoque d’abord comme un simple endroit où reposent les défunts : « À Hadès échurent les ténèbres brumeuses, à Zeus échut le vaste ciel », dit L’Iliade. Ils sont aussi parfois traversés par les héros (Héraclès en délivre Thésée, Orphée y plonge pour Eurydice…). La profondeur terrestre est associée à une vision hostile, effrayante, sans espoir, à l’image du Tartare que décrit Hésiode dans la Théogonie : « Aussi loin désormais au-dessous de la terre que le ciel l’est au-dessus. » Caché, car souterrain, inaccessible, l’enfer n’en est pas moins existant et il inspire la crainte.