Revue de presse

Par quel bout prendre la crise écologique ?

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Par quel bout prendre la crise écologique ?

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Philomag vous propose chaque semaine une sélection d’articles parus dans la presse française et étrangère, rassemblés autour d’une thématique commune. Des articles qui nous ont surpris, questionné, dérangé. L’occasion de découvrir de nouveaux points de vue sur le monde et les événements qui font l’actualité.

Cette semaine, une thématique : la crise écologique, dont le déclenchement de la guerre en Ukraine a révélé qu’elle possédait, outre des dimensions évidemment sociales, politiques ou économiques, une facette géostratégique. Si les énergies fossiles polluent, elles entretiennent aussi, entre pays producteurs et consommateurs, des liens de dépendance comme ceux de l’Europe face à la Russie. C’est la raison pour laquelle certains appellent aujourd’hui à une véritable planification écologique, qui serait aussi bien une stratégie contre le réchauffement qu’un instrument d’émancipation. Le thème s’est même invité dans la campagne présidentielle. Mais la transition doit aussi se faire dans les esprits, comme le montre notre revue de presse.

 

Pierre Charbonnier : culture écologique

« Il existe un paradoxe énorme dans la soi-disant prise de conscience graduelle du problème environnemental : celle-ci coïncide avec une aggravation – elle aussi graduelle – du problème », souligne Pierre Charbonnier dans un entretien accordé à Usbek & Rica. Comment comprendre cet écart ? Les raisons sont multiples, mais l’historien des idées pointe en particulier du doigt le manque de « culture écologique » (titre de son dernier ouvrage)  : « Nous faisons face à une injonction morale, essentiellement catastrophiste, à admettre la crise planétaire. Pourtant, nous n’avons pas beaucoup de moyens issus de notre éducation ou des savoirs couramment diffusés dans la société pour appréhender réellement à la fois les origines historiques de cette crise et ses conséquences immédiates sur nos vies, mais aussi ses conséquences plus générales sur l’organisation, le gouvernement, le type de cap historique que l’on se donne pour y répondre. » Nous ne ferons pas face à la crise environnementale sans une véritable « alphabétisation écologique ».

 

Mathieu Labonne : spiritualité écologique

Là ou Pierre Charbonnier observe un certain nombre de blocages éducatifs, l’ingénieur et essayiste Mathieu Labonne identifie une autre dimension du problème dans un entretien publié sur le site du média en ligne Vert : « La racine de la crise écologique est spirituelle, car elle renvoie à notre rapport au monde. » La crise climatique ne peut être prise en charge sans une « démarche intérieure », sans un « travail sur soi ». La spiritualité n’est « pas simplement la recherche d’une détente ou l’outil pour soi ». Elle est davantage la prise de conscience que le bonheur qu’elle vise est indissociable d’une prise en charge des responsabilités qui nous échoient. Pour Labonne, cette spiritualisation de l’écologie n’implique en rien une hostilité à la science et aux techniques : « Les démarches scientifiques et spirituelles se combinent. C’est plus facile d’être spiritualiste quand on est aussi scientifique. »

 

Bruno Latour : lutte des classes écologiques

Le philosophe et sociologue Bruno Latour appelle lui aussi, à sa manière, à renoncer au technicisme ambiant pour aborder la crise écologique, comme il l’indique dans un entretien pour le think-tank Terra Nova : « Les écologistes sont souvent très scientistes. […] Je pense que c’est important de rappeler qu’une vision scientiste des faits à propos de la nature et de la politique est une impasse. Les faits scientifiques ne déterminent pas la décision politique. Il n’y a pas de politique sans controverses. » À ses yeux, la crise écologique « n’est pas une crise qui porte sur un sujet qui s’ajouterait aux problèmes habituels. Elle est le centre de la question politique fondamentale de notre temps : comment peut-on se reproduire, durer dans le temps, engendrer, avoir des enfants, ce qui réclame un monde habitable ? Si cette question devient centrale, elle définit autrement les alignements d’intérêts et donc, par conséquent, de classes. Elle mange par petits bouts les définitions de toutes les classes, au sens culturel comme au sens social. »