Covid en Chine
“À Pékin, la vie reprend comme si de rien n’était, ou presque…”, par Alexis Lavis
Dans les rues de Pekin, le 17 janvier 2023. ©Chen Xinbo / Xinhua / AFP
Cet article est réservé aux abonnés.
Depuis la brusque levée des restrictions anti-Covid en Chine, l’épidémie est devenue hors de contrôle. Entre retour à la normale, préparation des festivités du nouvel an et sentiment de la mort omniprésent, le philosophe Alexis Lavis, qui vit à Pékin, nous raconte cette étrange vie nouvelle à l’air libre.
Il y a quelques jours, je décidais d’aller faire quelques courses au Xiǎohémǎ (小河马, « Petit Hippopotame ») du coin, situé au sous-sol d’un des flambants centres commerciaux de mon quartier pékinois. Il faut donner à cette décision plus de gravité qu’elle n’en n’a d’ordinaire, même si c’est justement l’ordinaire de ma vie qui, jusqu’alors, m’a poussé à l’hésitation.
L’étrange saveur de la liberté
En effet, je me suis retrouvé, moi et ma famille, confiné tout une semaine à domicile il y a trois mois pour m’être rendu en ce même lieu et pour des raisons similaires. « Cas contact » ; enfin supposé, parce que sur les milliers de personnes qui avaient visité ce paquebot de la consommation moderne s’élevant sur 8 étages, le sens du mot « contact », pourtant assez clair dans d’autres circonstances, avait pris alors l’extension d’une sorte d’espace-temps.
À la faveur de l’allègement de la politique « zéro Covid » survenu il y a quelques semaines, c’est-à-dire de la surveillance généralisée, des tests quasi quotidiens et du risque très sérieux de se retrouver mis à l’isolement à la première quinte de toux ou à un « contact » malheureux (si ce n’est une erreur dans le passeport sanitaire), je me décidais à l’audace en renonçant à la livraison à domicile pour les bonnes vieilles emplettes des familles, avec de vraies gens tout autour. Stupeur et vertige à l’entrée du magasin ! Plus de vigiles masqués voire « encombinaisonnés », plus de scanner où présenter son QR-code, plus de table où s’alignaient les distributeurs de gel hydro-alcoolique et les thermomètres infrarouges. Rien, sinon justement une entrée qui n’est plus un checkpoint mais un vide accueillant parce que sans réserve. Mais un vide tout de même… qui dans son ouverture vous fait éprouver cette insécurité née de l’absence de barrière que l’on appelle aussi « liberté ».