Édito
Pessimisme et accélération
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Cet article est issu du numéro 108 de Philosophie magazine « Pourquoi tout peut arriver », en kiosque le 23 mars 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Connaissez-vous le return trip effect, l’« effet du voyage retour » ? Les psychologues ont transformé en objet d’étude une expérience de la vie courante : lorsque nous voyageons, à pied, à bicyclette, en train ou en avion, le trajet du retour nous paraît plus court que celui de l’aller. Cet effet est significatif. Il y a quelques années, les équipes de Niels Van de Ven, un chercheur néerlandais de l’université de Tilburg, ont ainsi montré, en distribuant des questionnaires à un échantillon de personnes, que leurs estimations subjectives de la durée des retours étaient inférieures de 22 % à celles des allers. Mais pourquoi ?
Une explication vient spontanément : le trajet aller possède l’attrait de la nouveauté, notre regard découvre un coin de rue, un arbre, une boutique, et cette densité des sollicitations est telle que nous avons l’impression d’avoir vécu longtemps, tandis qu’au retour, nous ne prêtons plus attention à ce qui se passe au dehors. Nous ne voyons littéralement plus le temps passer. Mais d’après l’équipe de Niels Van de Ven, ce n’est pas la reconnaissance spatiale qui fait paraître le retour plus court, car l’effet vaut encore quand on se déplace en train la nuit ou en avion, et que l’on n’a aucun repère. L’écart tiendrait plutôt à un passage de l’optimisme au pessimisme, du désir à l’indifférence. À l’aller, la distance est un obstacle entre moi-même et la réalisation d’un événement – je vais à un rendez-vous, au cinéma, dans une ville que je ne connais pas, je suis plein d’entrain. Tandis qu’au retour, la distance est désinvestie, elle n’a plus de densité, elle est transparente – après elle, il y a le chez-soi.