Vos questions

“Pourquoi le sexe fait-il éprouver tant de sentiments contradictoires ?”

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Cet article est issu du numéro 141 de Philosophie magazine « Le bonheur est dans le près », en kiosque le 17 juillet 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Question de François Burrus

Vous avez raison : certains « sentiments » sont primaires (plaisir, attirance…), tandis que d’autres indiquent une humanité arrachée à l’animalité. L’animal, lui, ne ressent ni honte ni culpabilité : sa conscience et sa prise en considération du regard de l’autre ne sont pas assez développées pour cela. La sexualité humaine est fascinante en cela : elle con­voque la bête aussi bien que l’être raffiné, permet la satisfaction directe de pulsions autant que les jeux subtils de l’érotisme, où tout est fait pour différer, contourner cette satisfaction et sublimer ses pulsions au lieu de les exprimer. Cet entrelacement de notre part sauvage et de notre part civilisée est particulièrement propice aux émotions « contradictoires ». Lorsqu’il est pleinement vécu, le sexe donne l’occasion de cesser de se mentir : non, nous ne sommes ni simples ni cohérents. Nous ne sommes pas des monades clairement définies avec des besoins bien identifiés. Oui, nous voulons une chose et son contraire : dominer et être dominés, la tension et le relâchement, la violence et la douceur, le contrôle et l’abandon… Le sexe ouvre au vertige identitaire : « Je est un autre », écrit Arthur Rimbaud dans une lettre à Paul Demeny. Il faut parfois être au lit (ou ailleurs) pour s’en rendre compte. 

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