Technologie
Pourquoi les cyborgs nous font peur ?
© Pete Linforth/Pixabay
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Une équipe japonaise a créé un robot bipède qui intègre, dans sa confection, des tissus musculaires. Une nouvelle étape vers l’avènement des cyborgs ? Pourquoi cette tendance provoque-t-elle le malaise ? Réponse avec Bergson et Donna Haraway.
(In)organique
C’est un drôle de petit robot qu’a récemment mis au point l’équipe du chercheur japonais Shoji Takeuchi : la petite créature bipède est en effet équipée… de fibres musculaires, qui lui permettent de se mouvoir avec davantage de souplesse. L’invention est typique d’un champ d’étude en pleine expansion : la robotique molle, qui combine les propriétés de la machine, puissante mais parfois un peu balourde, avec celles des tissus vivants. « Comparé aux robots, le corps humain est souple, capable de mouvements fins et peut convertir efficacement l’énergie en mouvement. » Les fibres musculaires permettent « de construire un robot compact et de réaliser des mouvements efficaces et silencieux ». Un peu de délicatesse dans le monde parfois brutal des rouages et des circuits imprimés. Le petit « robot biohybride » fait vaciller les frontières.
À sa manière, ce robot représente une figure du cyborg (« cyber-organisme »). Comme le souligne la philosophe Donna Haraway dans son célèbre Manifeste cyborg (1984), la figure du cyborg déjoue tous les dualismes. « Le cyborg est un organisme cybernétique, hybride de machine et de vivant, créature de la réalité sociale comme personnage de roman. […] La fin du XXe siècle, notre époque, ce temps mythique est arrivé et nous ne sommes que chimères, hybrides de machines et d’organismes théorisés puis fabriqués ; en bref, des cyborgs. Le cyborg est notre ontologie ; il définit notre politique. Le cyborg est une image condensée de l’imagination et de la réalité matérielle réunies, et cette union structure toute possibilité de transformation historique. » La figure du cyborg est troublante. Elle est du côté de l’hybride, de ce qui transgresse les frontières. Elle convoque des imaginaires qui s’opposent.