Écologie / Abeilles
Pourquoi vacciner le monde sauvage ?
© Wolfgang Hasselmann/Unsplash
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Cet article est issu du numéro 167 de Philosophie magazine « Est-ce qu’on travaille trop ? », en kiosque le 16 février 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
C’est une première : un vaccin pour abeilles domestiques a été autorisé aux États-Unis. L’objectif : protéger les insectes contre la bactérie Paenibacillus larvae qui décime les ruches et, par conséquent, la filière apicole. Foucault y verrait peut-être une extension du domaine de la biopolitique.
Au début de son cours au Collège de France du 17 mars 1976, Michel Foucault définit la biopolitique comme « la prise en compte de la vie et des processus biologiques de l’homme espèce » par le pouvoir. Plus précisément, il identifie une inflexion, autour du XVIIIe siècle, à partir de laquelle la vie n’a plus été seulement considérée comme un donné mais comme un enjeu politique. À l’alternative entre « faire mourir et laisser vivre », caractéristique du pouvoir médiéval, s’en substitue une autre : « faire vivre et laisser mourir ». Avec la biopolitique naît une nouvelle manière de gérer les populations, qui s’intéresse non aux existences individuelles mais aux dynamiques qui circulent entre les individus.
La vaccination s’intègre dans cet univers biopolitique. Les virus et les bactéries représentent des menaces circulant entre les individus, contaminant et se propageant au sein d’une population, métamorphosant le devenir collectif. De ce point de vue, le vaccin pour les abeilles domestiques, produit par Dalan Animal Health et qui vient d’être autorisé aux États-Unis, apparaît bien comme un outil d’extension du domaine de la biopolitique à d’autres groupes vivants que l’espèce humaine.