Prennent-ils les hommes pour des souris de laboratoire ?

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Cet article est issu du numéro 24 de Philosophie magazine « 24 - novembre 2008 », en kiosque le 30 octobre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Selon un préjugé répandu, les Américains seraient des comportementalistes, négligeant ce qui fait la valeur de l’être humain, à savoir sa libre conscience. Une idée reçue qui masque la richesse de leur débat sur la notion d’esprit.

Vous vous demandez comment indiquer votre destination à un taxi en espagnol ? Comment réagir le jour où vous découvrez que votre frère est homosexuel ? Où placer vos mains pendant votre premier baiser ? Les réponses à toutes ces questions et à bien d’autres se trouvent sur eHow.com. Aux États-Unis, nombreux sont les sites pareils à celui-ci – comme HowCast, WonderHowto, ExpertVillage… – qui proposent des modes d’emploi pour affronter toutes les circonstances de l’existence, vidéos téléchargeables à l’appui. Une vogue qui ne manquera pas de nous faire sourire. Comme ils sont naïfs, ces Américains, n’est-ce pas ? Ils s’imaginent qu’il y a une solution adaptée à toutes les difficultés pratiques ou sentimentales, que la vie n’est qu’une affaire de recettes de cuisine... S’ils ont des comportements tellement stéréotypés, c’est, dit-on, qu’ils ont la passion du conditionnement.

Une passion dont témoignerait, entre autres, leur pratique de la psychologie. Si les États-Unis ont importé la psychanalyse, ils l’ont aussi transformée, en infléchissant le protocole de la cure imaginée par Sigmund Freud. L’analyste y adopte une posture plus interventionniste qu’en Europe et peut à l’occasion vous conseiller quand vous devez prendre une décision importante. De plus, à la lente exploration de l’inconscient, les Américains ont tendance à préférer des thérapies comportementales et cognitives (TCC), qui visent à supprimer les angoisses et les phobies de l’individu en l’aidant à s’adapter à son milieu. Elles misent sur le volontarisme du patient. Dans ce cas, le psychothérapeute lui fait franchement face et lui assigne, à la manière d’un sergent-instructeur ou d’un coach, des objectifs de progression à atteindre selon un calendrier précis. Une méthode qui provoque la colère des psychanalystes du Vieux Continent, parmi lesquels le véhément Jacques-Alain Miller, de l’École de la cause freudienne : « Voyez-vous, ce sont des dresseurs d’hommes, comme il y a des dresseurs d’ours, de chevaux ou d’otaries. Ayant triomphé dans le dressage animal, ils entreprennent de faire pareil avec les hommes. » Si la comparaison semble brutale, elle indique avant tout un véritable divorce dans la conception qu’on se fait de l’homme, de part et d’autre de l’Atlantique. Mais y a-t-il un sens à réduire le Nouveau Monde à un cirque où les hommes seraient des animaux de foire ?

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