Que faire pour la Planète ?
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Cet article est issu du numéro 13 de Philosophie magazine « 13 - octobre 2007 », en kiosque le 27 septembre 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Consommateurs, producteurs, gouvernements, chercheurs : tous sont confrontés au défi écologique. Mais de la décroissance au progrès scientifico-technique, du dirigisme à l’« économie verte », les solutions avancées divergent.
De quels moyens disposons-nous pour sortir du marasme écologique actuel ? Plusieurs pistes s’offrent à nous, qui procèdent de logiques différentes et sont plus ou moins compatibles entre elles. Selon une première option, à tendance morale, nous ne sortirons de la crise que par une réforme des comportements individuels : il est temps de contenir nos appétits de consommation comme notre volume de production, d’apprendre à respecter la nature dans les gestes quotidiens. Une autre logique parie sur la politique : car ce ne sont peut-être pas aux individus qu’il revient d’assumer le poids des réformes nécessaires, mais aux gouvernements, à l’aide du droit et des conventions internationales pour encadrer la pollution. Cette voie législative et réglementariste a pour adversaires les libéraux, qui comptent davantage sur une régulation par le marché. En créant une « économie verte », par exemple en encourageant le commerce biologique ou en intégrant au prix des produits polluants leur coût environnemental, le capitalisme pourrait opérer une reconversion, conciliant profit et protection de la nature. Enfin, certains pensent que les méfaits de la technique seront corrigés… par la technique elle-même : à charge pour les scientifiques de découvrir les énergies renouvelables qui pourvoiront aux besoins des sociétés et d’imaginer les technologies susceptibles de réparer les déséquilibres des écosystèmes. Cette dernière solution, ultratechniciste, se situe à l’opposé des nostalgiques qui proposent le « retour à la nature ». S’il pourrait être tentant, devant l’urgence des dangers, d’utiliser ces différents leviers d’action simultanément, c’est de toute évidence impossible : il y a un choix à faire entre libéralisme et dirigisme, de même qu’on ne peut tout à la fois vouloir « faire moins », « faire plus » et « faire autrement ». Pas de solution miracle, donc, mais un éventail de potentialités à étudier pour s’y repérer.
1. Être en vert et contre tout
Pour les écologistes radicaux, notre avidité est la raison première des outrages subis par la nature. Plus nous jouissons du confort moderne, plus il faut gratter la terre pour en extraire nourriture, matières premières et énergie, plus la pollution se répand. En France, les partisans de la « Décroissance », une association lyonnaise publiant un journal satirique du même nom, appellent à « rendre l’économie seconde » en « décolonisant notre imaginaire » envahi par les « désirs factices » transmis par la publicité. Selon Vincent Cheynet, le rédacteur en chef, cela passe par des changements d’habitude drastiques : il invite chacun à renoncer à la télévision qui véhicule les messages publicitaires, à boycotter les hypermarchés, à se passer de voiture, de réfrigérateur – les produits frais pouvant être conservés dans des armoires extérieures, huit mois par an. Un partisan de la décroissance est encouragé à cultiver son jardin – s’il est citadin, à se rendre dans les potagers ouvriers – et à se dépacer à bicyclette. La « sobriété heureuse » est à ce prix : libre à chacun d’y voir un rêve de société bucolique ou le cauchemar de la régression.