Religion

Qu’est-ce que la “théologie queer” ?

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Paris, le 16 décembre 2012. Patrick Sanguinetti, co-président de l’association chrétienne gay David et Jonathan lors d'une manifestation en faveur du mariage pour tous

Paris, le 16 décembre 2012. Patrick Sanguinetti, co-président de l’association chrétienne gay David et Jonathan lors d'une manifestation en faveur du mariage pour tous. © Matthieu Rondel/Hans Lucas

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L’homosexualité n’est pas un « crime », mais un « péché », « comme tout acte sexuel en dehors du mariage ». Les récents propos du pape François sur l’homosexualité ont beaucoup fait réagir. Il existe pourtant une théologie queer, qui interroge la place des personnes LGBT+ au sein de l’église et de la foi. Enquête sur un mouvement mal connu.

 

Le terme de « théologie queer » peut surprendre, tant les religions ont généralement manifesté de l’hostilité à l’égard des comportements et des identités homosexuelles, transgenres ou intersexes. Dans leurs discours et leurs institutions, elles ont plutôt imposé une séparation des genres pour exalter l’union hétérosexuelle, seule légitime. Mais depuis quelques décennies, une théologie dite queer se développe et gagne en audience. Celle-ci se déploie dans deux directions : d’une part, l’analyse des logiques de discrimination à l’égard des individus LGBT+ au sein des discours théologiques, et d’autre part, le souci de rendre une place légitime aux personnes se définissant comme queers dans la vie des communautés religieuses et des églises.

Libérer les marginalisés

La nébuleuse de la théologie queer est plurielle, mais elle s’est particulièrement développée au sein du christianisme. Dans The Queer God (2004) de Marcella Althaus-Reid, elle s’inscrit dans la suite de ce qu’on a appelé la théologie de la libération, née en Amérique latine [lire notre grande série au sujet de la pensée décoloniale qui lui accorde une large place, en particulier les épisodes 2 et 4]. Ce courant vise à affranchir les pauvres et les exclus de leurs conditions matérielles d’existence précaires, afin de leur redonner espoir et dignité. Mais Althaus-Reid veut aller plus loin dans la même logique. S’adressant à ces théologiens révolutionnaires, elle écrit : « Il ne leur est pas venu à l’esprit, à l’époque, qu’il fallait démanteler l’idéologie sexuelle de la théologie. »

Dans l’article « Queer Theology: Reclaiming Christianity for the LGBT Community » (2014), une autre représentante de ce courant, Kelly Kraus souligne que dans la Bible, le Christ se montre attentif et bienveillant à l’égard de tous ceux qui sont soumis à l’opprobre social, y compris en raison de leurs mœurs. Elle évoque notamment l’épisode où Jésus se rend chez les Samaritains, réputés enclins au péché : « Jésus est allé et est resté avec les Samaritains pendant deux jours parce qu’il ne se souciait pas de ce qui était considéré comme un comportement approprié à l’époque. Jésus a libéré les Samaritains, et cette libération est un argument pour la libération de la communauté LGBT. » L’idée est donc d’inscrire cette lutte dans un cadre théologique chrétien.

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