Kézako
Qu’est-ce que le double standard ?
Habit de monnayeur. Eau forte anonyme, XVIIe siècle. © CCØ Paris Musées/Musée Carnavalet – Histoire de Paris
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« La France ne pratique pas le double standard », affirmait récemment Emmanuel Macron au sujet de l’attitude hexagonale face au conflit israélo-palestinien. Comprenez : nous condamnons aussi fermement les crimes commis des deux côtés. Retour sur l’histoire singulière d’une expression devenue un outil majeur des mouvements de libération contemporains.
L’expression « double standard », aujourd’hui mobilisé par le président Macron, est d’abord apparue dans le monde anglo-saxon. Dans l’espace francophone, une autre formule est traditionnellement utilisée : « Deux poids, deux mesures. » Mais une même idée sous-tend les deux : il est injuste de juger deux situations comparables, qui devraient donc être appréciées à l’aune des mêmes critères, en fonction de critères différents.
Double standard économique
Cette idée émerge d’abord dans la sphère des échanges économiques. On la retrouve déjà dans le Deutéronome : « Tu n’auras point dans ton sac deux sortes de poids, un gros et un petit. Tu n’auras point dans ta maison deux sortes d’épha, un grand et un petit. Tu auras un poids exact et juste, tu auras un épha exact et juste. » Qu’est-ce à dire ? Jusqu’à l’uniformisation moderne des unités de mesure, en particulier des unités de poids, les commerçants utilisaient une grande variété d’unités, ce qui créait d’emblée une certaine confusion. À défaut de balances standardisées, ils utilisaient des étalons de poids (pesons) pour déterminer le prix des marchandises. Il arrivait alors fréquemment que certains commerçants usent des pesons plus lourds ou plus légers pour vendre plus cher ou acheter moins chers certains produits. Le « deux poids, deux mesures » désigne d’abord ce genre de tromperie : selon la situation, un même bien est estimé, évalué selon des étalons différents, sous couvert d’équité. La pratique apparaît évidemment injuste, pour autant que la justice consiste à juger par rapport à des normes universelles. La notion de double standard sera elle aussi d’abord mobilisée, dans le monde anglo-saxon, pour décrire des réalités économiques. Des escroqueries, bien entendu, mais pas seulement. Dans les années 1850 a ainsi lieu un débat âpre sur le double standard monétaire : les partisans du bimétallisme voulaient que la valeur de la monnaie soit indexée non pas sur un mais sur deux métaux, l’or et l’argent, afin de garantir un ratio fixe entre les deux. « On ne peut pas établir un double standard sans définir au préalable le rapport qui doit exister entre la valeur nominale des deux métaux », réplique le professeur Cayley (The Opinions of Sir Robert Peel, Expressed in Parliament and in Public, 1850).