Philo au fil de l’eau

Se baigner dans la Seine pour les JO, un caprice anti-écologique ?

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Se baigner dans la Seine pour les JO, un caprice anti-écologique ?

Cours de natation aux bains Deligny, piscine flottante à ciel ouvert sur la Seine, le long du quai Anatole-France. Paris (VIIe arr.), le 13 juillet 1920. Photographie du journal “Excelsior”. © Excelsior - L’Équipe/Roger-Viollet

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Parviendra-t-on à « nettoyer » la Seine avant les Jeux olympiques ? C’est la grande inquiétude du moment. Un intérêt soudain qui révèle par contraste qu’en règle générale, la santé et le statut du fleuve parisien importent bien peu. Et si l’on s’intéressait à la Seine autrement que comme une piscine olympique, mais comme à une entité susceptible d’avoir des intérêts propres et même des droits différents ou congruents de ceux des hommes ? C’est le sens du débat passionnant entre anthropocentrisme et écocentrisme. 


La Seine sera-t-elle baignable pour les Jeux olympiques ? La question agite l’actualité de ces dernières semaines. Certains, pourtant, dénoncent dans cette attention soudaine pour la « propreté » du fleuve qui traverse la capitale une forme d’anthropocentrisme : nous ne nous soucions de l’état du cours d’eau qu’en fonction de nos intérêts du moment. Sans les JO, nous aurions continué à l’ignorer souverainement, indifférents à ses intérêts propres, à son intégrité en péril. Au cœur même de l’attention que nous lui prêtons aujourd’hui, nous nous intéressons seulement à notre petit plaisir – au fait de pouvoir s’y baigner. Qui sait les mesures potentiellement destructrices que nous pourrions adopter dans l’urgence pour parvenir coûte que coûte à notre objectif ? 

 

Les droits d’un fleuve

Nettoyer la Seine est de prime abord, pour l’homme comme pour la nature, une bonne chose. Tout dépend en réalité de la manière dont on s’y prend, et donc de la vision du monde en fonction de laquelle on agit. Or, en ce qui concerne notre rapport aux entités naturelles, notre vision se révèle bien souvent très pauvre. La juriste Marine Calmet, présidente de l’association Wild Legal, a ainsi pris la plume, appelant à « profiter de ce coup de projecteur sur ce fleuve emblématique » pour élargir le débat et promouvoir la « reconnaissance des droits de la Seine ». « Cela fait plusieurs dizaines d’années que la Seine est un objet d’angoisses et de promesses politiques, alors qu’elle devrait être un sujet juridique indissociablement biologique et culturel », souligne-t-elle. À ses yeux, « la Seine n’est pas une piscine olympique, ce fleuve a des droits. […] La Seine est une entité vivante, une communauté d’interdépendances fertiles, à laquelle notre existence et notre bien-être sont intrinsèquement liés […]. Reconnaître les droits de la Seine, c’est donc agir concrètement pour redéfinir notre contrat commun avec ce fleuve et nous rappeler notre devoir envers lui et les écosystèmes qu’il abrite, et dont dépend notre existence tout entière. […] Il est plus que temps d’établir avec la Seine une relation juste et durable, et non fondée sur l’utilité, l’efficacité ou le rendement économique de ce fleuve pour certains intérêts humains. »

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