Stratagème n°6. Retourner l’argument de l’adversaire
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Cet article est issu du numéro 48 de Philosophie magazine « 48 - avril 2011 », en kiosque le 30 mars 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Comment s’en servir
L’attaque consiste ici à reprendre mot à mot les arguments de l’adversaire et à en conclure une thèse exactement contraire à celle qu’il défend. Par exemple, votre interlocuteur affirme : « C’est un enfant, il faut être indulgent avec lui. » Rétorquez : « Mais c’est justement parce que c’est un enfant, qu’il ne faut pas être indulgent avec lui ! Sans quoi il ne grandira jamais. » Schopenhauer estime que ce stratagème est le plus élégant qui soit parce qu’il tire sa force de la plus grande économie de moyen possible. Et, en effet, le simple usage de l’adverbe « justement » suivi d’une négation le rend efficace. La matière de l’argument, elle, est fournie par l’adversaire, ce qui ne manquera pas de l’humilier. Les philosophes ne dédaignent pas d’utiliser ce procédé. Ainsi, dans sa Logique, Hegel, soucieux de ne pas lier la liberté à la seule morale, retourne la formule de Kant, « Tu dois donc tu peux », en affirmant au contraire que : « Tu ne peux pas, justement parce que tu dois. Car dans le devoir-être se trouve également la borne, en tant que borne » (I, § 141). Cet argument dit de retorsio occupe même une place privilégiée dans l’histoire de la philosophie. Car tout grand auteur se doit d’être d’abord le disciple rebelle de son maître…