Trinh Xuan Thuan, Laura Bossi. Dans mon cosmic trip
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 33 de Philosophie magazine « 33 - octobre 2009 », en kiosque le 24 septembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Et si un plan de l’univers avait rendu l’apparition de l’homme nécessaire ? Et si l’idée d’âme expliquait l’organisation des êtres vivants ? Pour la neurologue Laura Bossi comme pour l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan, réunis aux Rencontres de Fès, ces questions métaphysiques surgissent aujourd’hui dans la science.
Voici un dialogue pour le moins inattendu, du moins entre scientifiques respectés. Dans l’atmosphère presque magique des Rencontres de Fès, consacrées en grande partie cette année aux rapports entre sciences et spiritualités, un astronome et une neurologue s’aventurent aux limites de leurs disciplines respectives. Loin, très loin du positivisme et du scientisme, ils n’hésitent pas à évoquer le bouddhisme et le christianisme, saint Thomas et Pascal.
Trinh Xuan Thuan scrute depuis des années la voûte étoilée. Il explore l’immensité de l’univers. Il observe une lumière née avec le big bang, mais qui ne nous parvient qu’aujourd’hui. Il analyse des transformations chimiques de la matière qui ont eu lieu il y a des milliards d’années et qui ont fini par engendrer la vie et l’homme. Il s’émerveille de la beauté du cosmos. Laura Bossi préfère, elle, baisser le regard vers la Terre. Formée à la biologie, elle s’extasie devant l’infinie diversité des êtres vivants. Neurologue, elle constate l’inépuisable richesse de la vie humaine, qui est à la fois animale et cérébrale.
À eux deux, ils répètent le geste de Blaise Pascal contemplant avec effroi, aux commencements de la science moderne, l’infiniment grand et l’infiniment petit. Comme lui, ils tentent de relier les recherches les plus contemporaines et les interrogations existentielles. Comme lui encore, ils font le pari du sens. Pour ne pas avoir à subir la dictature du cerveau, la neurologue réhabilite l’antique notion d’âme. L’astrophysicien ne craint pas d’interpréter l’harmonie cosmique en termes métaphysiques. Trinh Xuan Thuan, professeur d’astronomie à l’Université de Virginie, aux États-Unis, est l’auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation et de réflexion cosmologiques, notamment La Mélodie secrète (Fayard, 1988), Les Voies de la lumière. Physique et métaphysique du clair-obscur (Fayard, 2007) et le Dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles (Plon, 2009). Laura Bossi, spécialiste de l’épilepsie et des maladies neurodégénératives, organisatrice d’expositions, historienne des sciences, a rédigé une audacieuse Histoire naturelle de l’âme (PUF, 2003). Ensemble, malgré leurs désaccords, ils n’hésitent pas à renouer l’ancienne alliance entre l’homme et l’Univers, entre sciences et croyances.
Laura Bossi : Nos démarches scientifiques sont inverses et étudient des objets opposés. J’imagine que dans votre enfance vous aimiez regarder les étoiles. Moi, je faisais sécher des plantes dans des herbiers, et je passais des heures dans les prés à observer les formes incroyablement variées d’insectes, cette vie qui grouille. L’interrogation philosophique du biologiste est différente de celle du physicien : quand vous partez de l’unité, nous partons de la diversité. Vous, vous regardez l’Univers tendant vers l’Un. Mais je me penche sur l’Unique en tant que différent de tous les autres.
Trinh Xuan Thuan : Moi, au contraire, en tant qu’as-tro-physicien, lorsque j’ai analysé un électron ou un proton, j’ai compris tous les électrons et les protons de l’Univers – car ils ont les mêmes propriétés.
« Je parie sur le fait que l'Univers a été réglé dès le début pour que l'homme émerge. Il 'savait' quelque part que l'homme allait venir. »
Trinh Xuan Thuan