Antiquité

Un divorce métaphysique

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Cet article est issu du numéro 31 de Philosophie magazine « 31 - été 2009 », en kiosque le 02 juillet 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Selon Platon, l’âme doit travailler à prendre ses distances avec le corps. Le but n’est pas de rejeter la chair, mais de mieux maîtriser ses désirs. Spécialiste du philosophe antique, Monique Dixsaut éclaire pour nous cette relation ambivalente.

Socrate a chez Platon la fâcheuse habitude de réclamer de ses interlocuteurs qu’ils disent ce qu’est la chose dont ils parlent. Or Platon ne nous dit jamais ce qu’est une âme humaine. En revanche, il nous raconte souvent comment il l’imagine, à quoi elle ressemble, quels voyages et quelles aventures ont été les siens avant la naissance ou après la mort.

Le mythe du char ailé présenté dans le Phèdre est emblématique. Conduisant un char ailé mené par deux chevaux, l’un noiraud, rétif et tirant vers le bas, l’autre docile, blanc et bien découplé, un cocher tente d’élever son attelage jusqu’au firmament de l’univers. Mais le conflit qui agite ses chevaux peut l’empêcher de contempler les réalités se trouvant dans la “plaine de la vérité”. Certains y arrivent à grand-peine, d’autres en aperçoivent seulement quelques-unes, et les autres attelages, se bousculant et se piétinant, abîment leurs ailes, s’alourdissent et tombent finalement sur la terre, oubliant ce qu’ils ont contemplé. Dans la République, moins de poésie que dans le Phèdre : si, se demande Socrate, on pouvait ouvrir une âme d’homme, qu’y trouverait-on ? Une hydre avec une centaine de têtes, sauvages ou apprivoisées, ce sont mes appétits, mes désirs. Un lion, c’est mon énergie vitale. Et puis un homme minuscule : c’est ma raison, qui devrait s’efforcer de maîtriser les créatures qui l’entourent. Lumineuses ou monstrueuses, supra-célestes ou fantastiques, ces images s’accordent toutes sur un point : l’âme n’est pas une chose, elle n’est ni une substance ni une essence, c’est pourquoi le problème n’est pas celui de son union à un corps avec lequel elle n’a rien de commun, comme cela sera le cas chez Descartes, mais celui de sa séparation. La séparation est selon Platon une tâche, non une vérité métaphysique, et pour l’entreprendre il peut être utile de croire aux fables qu’il nous raconte à son propos.

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