L’image

Un pont entre nature et culture

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Cet article est issu du numéro 112 de Philosophie magazine « À quoi tient l’autorité ? », en kiosque le 24 août 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le jeu des formes et des courbes, la richesse des couleurs et de leurs dégradés… Ce cliché époustouflant d’un pont surplombant un marais en Andalousie a été pris, du ciel, par le photographe d’origine bulgare Jassen Todorov. Lui-même pilote, il a sillonné le monde pour compiler des images de ponts, méconnus ou iconiques (ainsi le Golden State Bridge à San Francisco). Todorov est également musicien, violoniste renommé, et sa photographie témoigne d’un sens certain de la composition et de l’harmonie… Y compris sur le plan métaphysique. Expliquons-nous : à première vue, un pont est une construction qui exalte le génie humain, un artifice qui signe la domination de la culture sur la nature – dont nous nous faisons « comme maîtres et possesseurs » (Descartes). Là, cependant, rien de tel : exit cette coupure et cette hiérarchie entre les deux ordres (nature et culture). Les frontières se brouillent, l’impression est celle d’une fusion : le pont se coule dans le paysage au point de faire songer à une rivière ; quant aux méandres du marais, ils évoquent une tapisserie de grand art. Surtout, ce qui paraissait étranger, hétérogène, se rassemble sous un même concept, celui de circulation – sur le bitume, sur l’eau, des raccords s’imaginent, un réseau de navigation se dessine. Un pont est aussi ce qui relie, ce qui connecte des points distants, voire opposés. Alors cette photographie d’un pont est elle-même un pont, en ce qu’elle unifie la nature et la culture, surmontant l’abîme qui supposément les sépare pour en montrer la coappartenance réelle et possible. En cela, c’est même plus qu’une photographie : c’est une vision.