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Une connaissance scientifique du vivant est-elle possible ?

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Cet article est issu du numéro 141 de Philosophie magazine « Le bonheur est dans le près », en kiosque le 17 juillet 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Analyse des termes du sujet

« connaissance scientifique »

Savoir objectif et systématique tiré de l’expérience et vérifié par elle.

« vivant »

Ensemble des membres de toutes les espèces qui manifestent par leur organisation les caractéristiques de la vie.

« possible »

Qui peut exister, non contradictoire, humainement réalisable. 

 

Défrichage

Premières intuitions

Connaître le vivant semble a priori chose facile : il suffit de voir une plante bourgeonner ou de regarder un animal manger pour avoir l’impression de comprendre ce qui les anime. Le vivant paraît toujours tendre vers un but.

Mais le savoir scientifique procède par analyse et par classement. Or décomposer le vivant lui est fatal, et vouloir inventorier les espèces est un exercice sans fin tant la nature offre de variétés et de mutations.

Pourtant, renoncer à connaître le vivant est dangereux, car l’homme a besoin de se nourrir et de se soigner : sans l’agronomie, sans la médecine, sa vie est menacée. Mais ces disciplines, parmi bien d’autres, permettent-elles vraiment de parler de science du vivant ? L’exigence de précision et d’objectivité propre à la science peut-elle être satisfaite lorsque le savant se penche sur la vie ?

Exemples qui viennent à l’esprit

L’ouverture des cadavres juste après la mort a permis au médecin anatomiste Xavier Bichat de comprendre le fonctionnement du corps sans pratiquer de vivisection. Il révèle ainsi dans ses Recherches physiologiques sur la vie et la mort (1799) que la vie est accessible à la science par son envers : la mort.

Le naturaliste anglais Charles Darwin montre dans L’Origine des espèces (1859) que la vie est régie par le hasard : on ne peut déterminer par avance quel caractère, comme le bec des pinsons des îles Galapagos, sera avantageux au sein d’une espèce pour qu’elle survive. C’est l’évolution du milieu qui permet de classer les vivants.

Le roman L’Île du docteur Moreau (1896) de H. G. Wells dénonce les manipulations du vivant par un savant fou qui veut accélérer l’évolution en « humanisant » les animaux par des opérations chirurgicales. Mais le projet du docteur Moreau se retourne contre lui : il finit déchiqueté par ses créatures. Preuve que sa connaissance du vivant était illusoire.

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