Une postérité qui tombe à Pic

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Cet article est issu du numéro 102 de Philosophie magazine « À quel point sommes-nous prévisibles ? », en kiosque le 18 août 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dès la mort précoce de Pic de la Mirandole, en 1494, naît la légende d’un humaniste qui défia son siècle. Alors, génie précurseur de l’existentialisme ou rhéteur à la prose ésotérique ?

Son œuvre complexe permet aux humanistes chrétiens comme aux amateurs de magie ou aux kabbalistes (adeptes d’une tradition ésotérique du judaïsme) de s’en réclamer. Mais à partir du XVIIe siècle, on ne lit plus qu’avec suspicion, voire amusement, une prose désormais un peu désuète et dont l’ambition peut sembler démesurée. Pascal fait allusion dans ses Pensées aux philosophes qui tentent de disserter « de omni scibili » (« de toute chose connaissable »). S’ils ont « prétendu d’y arriver », « c’est là où tous ont achoppé ». Dans l’article « Foi » de son Dictionnaire philosophique, Voltaire met en scène un Pic de la Mirandole confronté à une sorte de devinette : Lucrèce accouche. Or son mari est, de notoriété publique, impuissant. Qui est le père de l’enfant ? Pic n’en démord pas, le père est le mari légitime car « la foi consiste […] à croire les choses parce qu’elles sont impossibles […]. Vous me faites croire des mystères plus incompréhensibles. Ne faut-il pas que je sois convaincu qu’un serpent a parlé, que depuis ce temps, tous les hommes furent damnés, que l’ânesse de Balaam parla aussi fort éloquemment, et que les murs de Jéricho tombèrent au son des trompettes ! » On trouve là une combinaison toute voltairienne d’ironie et de mauvaise… foi justement.

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