Généalogie d’une notion
Vous avez dit “immigrationnisme” ?
18 juin 2024 : Emmanuel Macron se rend sur l’île de Sein (29) dans le cadre des commémorations du 84e anniversaire de l’Appel du 18 juin 1940. © Lemouton/Pool/Sipa
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« Totalement immigrationniste » : c’est en ces termes qu’Emmanuel Macron qualifiait, il y a quelques jours, le programme législatif du Nouveau Front populaire. D’où vient ce mot, souvent employé par l’extrême droite ?
Difficile de dater précisément l’apparition du terme « immigrationnisme ». Une chose est assez claire : il essaime à partir des années 1990 dans l’espace public, non seulement français mais aussi dans une grande partie du monde occidental. On le trouve ainsi employé, à l’autre bout du monde, dès 1993 par l’essayiste écologiste et critique des dangers de la surpopulation Mark O’Connor. Dans son article « Immigrationism, Racism And Moral Monopoly », il écrit : « Jusqu’à récemment, nous n’avions pas de mot commun pour désigner l’“immigrationnisme” […] Il est même possible que je sois la première personne à inventer ou à utiliser le mot “immigrationnisme” dans le débat actuel. […] Comment avons-nous pu nous en passer ? »
L’enjeu, pour O’Connor, est de distinguer le phénomène de l’immigration et l’« idéologie » immigrationniste « omniprésente dans les médias », c’est-à-dire « la croyance qu’un excédent important d’immigrants par rapport aux émigrants est une situation normale et saine ». O’Connor y voit un « danger » pour la vie publique. « L’immigrationnisme fait partie du problème plus large du politiquement correct, c’est-à-dire des orthodoxies […] qui restreignent le débat », qui l’« inhibent » en le moralisant de part en part. L’opérateur de cette inhibition, à ses yeux, est la généralisation de l’étiquette « raciste », assignée pour la discréditer d’emblée à toute critique de l’ouverture sans restriction des frontières aux flux humains. O’Connor dénonce « l’utilisation courante du mot “racisme” dans des contextes qui n’ont que peu ou pas de rapport avec la race ». Il y voit une forme d’idéalisme humanitaire aveugle aux réalités : « Le stratagème du “racisme” constitue un élément essentiel de la position immigrationniste. Sans cela, le débat se transformerait en grande partie en un débat sur la capacité de prise en charge environnementale et économique de l’Australie. » La position d’O’Connor est essentiellement nourrie par une vision écologiste des équilibres populationnels : « L’Australie s’approche déjà de sa population optimale, ou l’a dépassée, l’immigrationnisme est irresponsable. » Difficile toutefois de ne pas y entendre une rhétorique qui s’apparente à celle de l’extrême droite, quoique l’auteur s’en défende : « Les habitants de la Thaïlande, de la Chine, de la Finlande, etc. n’ont pas honte d’avoir une prédominance de personnes d’une ethnie ou d’une culture particulière dans leur pays. »