5. Est-ce bâtir un système ou faire des enquêtes ?
Yves Michaud: “Un scepticisme de combat”
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Cet article est issu du numéro 100 de Philosophie magazine « Qu’est-ce que la philosophie ? », en kiosque le 26 mai 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Faire système ? “Bricolage” et “illusion”, affirme Yves Michaud qui privilégie l’enquête pour appréhender le réel dans toute sa diversité, qu’il s’agisse d’art, de politique ou de clubbing de masse à Ibiza.
En philosophie, qu’appelle-t-on un système et qu’appelle-t-on une enquête ?
Yves Michaud : Un système est un ensemble cohérent de concepts et de représentations qui doit, du moins en principe, embrasser la totalité du réel. Il faut qu’il soit exhaustif et sans contradictions internes. Bien sûr, selon les époques, ce qu’on appelle « le réel » implique une part plus ou moins grande de sensible et de suprasensible, de données scientifiques et sociales. Quant à l’enquête, c’est un examen destiné à établir en détail la composition d’une chose, d’une dimension du réel ou d’une situation de la vie humaine.
Les enquêtes ne sont-elles pas destinées à finir sous forme de système ?
Une enquête peut rejoindre un système si elle se propose l’ensemble des dimensions de la vie humaine. Hume a écrit deux livres qui s’appellent Enquête sur l’entendement humain et Enquête sur les principes de la morale. À elles deux, ces enquêtes embrassent une grande partie du réel. Mais, chez Hume, les enquêtes ne se fondent pas dans un système, elles se substituent plutôt au système que le philosophe a tenté de construire et qu’il considère comme non réalisable. À ma façon, j’ai suivi le même itinéraire que Hume. Je suis parti, comme tous les philosophes de ma génération, sur l’idée d’un système qui pouvait avoir pour nom marxisme, existentialisme, heideggerianisme, etc., et, constatant l’impossibilité du système, je me suis tourné vers l’enquête, puis vers l’essai.