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Y a-t-il un plaisir à gouverner ?

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Cet article est issu du numéro 153 de Philosophie magazine « Peut-on changer de logique ? », en kiosque le 23 septembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Analyse des termes du sujet

« Y a-t-il »

Existe-t-il ? Peut-on le constater ?

« Plaisir »

Un état affectif agréable qui satisfait un désir.

« Gouverner »

Décider des affaires de la Cité, diriger un État, régir.

 

Défrichage

Premières intuitions

Gouverner implique de prendre des décisions pour gérer le bien commun. Or, bien souvent, ces décisions, comme augmenter les impôts, décréter un couvre-feu, voire déclarer la guerre, sont impopulaires et déplaisantes à prendre.

Pourtant, la concurrence acharnée que se livrent ceux qui aspirent à exercer le pouvoir laisse penser que gouverner est aussi gratifiant. De fait, les splendeurs du pouvoir, le sentiment de faire l’histoire en assumant les plus hautes responsabilités semblent assurément constituer pour tout dirigeant une source réelle d’agréments.

Mais peut-on parler vraiment ici de plaisir ? Et n’est-il pas suspect de vouloir gouverner par plaisir plutôt que par devoir à l’égard de la Cité ? Quelles seraient d’ailleurs la nature et la légitimité de ce plaisir, si effectivement gouverner était une source de réjouissance ? Parler de plaisir en politique peut-il avoir un sens ?

Exemples qui viennent à l’esprit

Dans Hiéron, ou de la tyrannie (v. 365 av. J.-C.), Xénophon fait dialoguer le poète philosophe Simonide avec le tyran Hiéron. Celui-ci, méfiant, ne cesse de se plaindre de sa condition qu’il ne peut pas quitter parce qu’il se ferait assassiner. Son pouvoir illimité ne lui procure aucun plaisir, car il se sait détesté par son peuple aussi bien que par ses proches.

La pièce de Corneille Cinna, ou la clémence d’Auguste (1641) montre comment l’empereur Auguste manifeste sa magnanimité en pardonnant à Cinna la conjuration qu’il a organisée contre lui. S’il y a un plaisir à gouverner, c’est celui de pouvoir prendre des décisions courageuses et exemplaires pour marquer l’Histoire et prouver qu’on est un grand homme.

Dans le film de Bertrand Tavernier Que la fête commence ! (1975), le duc d’Orléans (joué par Philippe Noiret), entouré de libertins et de prostituées, exerce la Régence en attendant la maturité de Louis XV. Sans illusions sur l’avenir de la monarchie, menacée de toute part, il profite de ses privilèges avant que le régime ne tombe avec la Révolution.

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