L'économie morale des sciences modernes

Une recension de Mathilde Lequin, publié le

« Les valeurs ne faussent pas la science, elles sont la science. » Dans cet article de 1995, jusqu’alors inédit en français, l’historienne des sciences américaine enterre le mythe du savant désintéressé, pour mettre en évidence le rôle constitutif des émotions et des valeurs dans la recherche scientifique. En appliquant aux sciences le concept d’« économie morale », Lorraine Daston montre que l’histoire des idées recouvre un « tissu de valeurs », régissant un « système de forces émotionnelles ». L’objectivité est l’un des trois exemples d’économie morale explorés dans ce bref essai. Qu’elle soit pensée à travers le modèle de la machine (incarné par le « tâcheron » chargé de collecter pour le maître les observations) ou rêvée comme « point de vue de nulle part » (que le scientifique conquiert par son détachement et sa maîtrise de soi), l’objectivité est une valeur qui alimente tout un réseau de « passions cognitives », au confluent de l’histoire, de la sociologie et de la philosophie. Parvenant à « rendre des pratiques de la tribu des scientifiques aussi bizarres que celles de toute autre tribu », ce regard neuf fait de ces savants en proie au désir de savoir des objets d’étude passionnants.

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