“L’État de nature” : repeindre le Léviathan en vert

Une recension de Martin Duru, publié le

C’est une évidence et une urgence : face à la crise climatique, il faut tout reprendre, tout chambouler. Certes, mais à quelle échelle opérer la bascule ? Pour Xavier Ricard Lanata, ethnologue et philosophe franco-péruvien disparu prématurément à 48 ans en 2021, le changement doit non seulement se faire par le bas, au niveau des mentalités individuelles, mais aussi par le haut : c’est l’État lui-même qu’il convient de transformer. La position défendue dans cet ouvrage posthume est singulière : dans la tradition de la philosophie politique, chez Hobbes par exemple, l’État est créé afin d’abolir l’état de nature où règne la violence, et il s’impose en mettant au pas la société. Plus proche de nous, la pensée écologique se montre en général hostile à l’État et prône l’autogestion comme mode d’action. Prenant la tangente, l’auteur, qui fut également haut fonctionnaire, considère que l’État n’est pas synonyme de domination ; son rôle essentiel est de garantir par le droit la stabilité du corps social. Il s’agit donc de défendre et de miser sur l’État, mais en bouleversant son orientation idéologique : contre l’État néolibéral actuel, « chien de garde » du capitalisme prédateur, Lanata plaide pour l’avènement d’un « État de nature ». Celui-ci serait enfin écologique, au service de la défense des conditions de « l’habiter terrestre ». Il serait aussi démocratique en privilégiant, au lieu de l’affrontement, la collaboration active avec les collectifs de la société civile. En l’absence d’une véritable volonté politique pour l’instaurer, cet État de nature pourra sembler utopique. Mais ce que ce testament lègue, c’est une « destination » possible, un horizon alternatif, bref, ce dont nous avons cruellement besoin.

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