Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Nous avons pris l’habitude de cantonner l’expérience esthétique au rapport que nous entretenons avec les œuvres d’art. Jean-Marie Schaeffer veut la comprendre comme une inflexion de notre expérience commune sur le triple registre de l’attention, de l’émotion et du plaisir. À cet effet, il ne mobilise pas des témoignages ou des récits d’individus saisis par la beauté du monde, mais la vaste étendue des recherches en psychologie cognitive, en neurosciences et en éthologie qui ont amassé depuis une quinzaine d’années des données incontournables pour quiconque tente de réfléchir à ces questions de manière informée.
Nous n’avons pas besoin de posséder, de connaître ou de tirer satisfaction d’une chose pour la trouver belle. Aussi, qualifions-nous, depuis Emmanuel Kant, l’expérience esthétique de « plaisir désintéressé ». La situation est beaucoup plus ambivalente. L’attention esthétique a en réalité un coût très élevé : nos sens sont en éveil, nos circuits cognitifs, privés des schèmes qui leur permettent en régime normal de reconnaître les stimuli qui se présentent à eux, doivent opérer un travail de déchiffrage inédit ; notre émotion est mobilisée. Le paradoxe est que toute cette activité procure un réel plaisir, le plaisir suscité par le traitement cognitif de ce qui échappe aux chemins balisés du cerveau.
Chez les oiseaux dits jardiniers, les mâles construisent de complexes « berceaux » richement décorés, véritables « salles de spectacle » qui n’ont d’autre fonction que d’attirer la femelle pour qu’elle y contemple la danse du mâle, préalable à l’accouplement. Pour Schaeffer, il y a là « apparentement avec la création artistique humaine ». Ce qui lui permet d’affirmer, en prenant le contre-pied de l’esthétique classique, que l’esthétique a une fonction pragmatique, utile. Dans le cas des oiseaux-berceaux, il s’agit de répondre à la question : « Quel partenaire choisir ? » De même, chez les humains, dans les situations d’incertitude existentielle. Ces « plages de transparence où tout semble tomber en place » : voilà ce que nous recherchons à travers une expérience esthétique.
Du rire aux larmes, le cinéaste Michel Hazanavicius n’a pas son pareil pour susciter l’émotion chez le spectateur. Un pouvoir de la fiction qu…
Du rire aux larmes, le cinéaste Michel Hazanavicius n’a pas son pareil pour susciter l’émotion chez le spectateur. Un pouvoir de la fiction qu’analyse avec…
Avant de signifier la fin des temps, la notion d’apocalypse signifiait la révélation d’une vérité cachée. C’est en ce sens que l’utilise le sociologue Gérald…
« Responsabilité cognitive » : c’est l’expression utilisée par les rédacteurs d’un rapport remis à Emmanuel Macron le 26 mars pour qualifier l…
La réédition d’un classique de la psychologie sociale, L’Échec d’une prophétie (PUF, 2022), initialement paru en 1956 aux États-Unis et en 1993 en France,…
Forgée au début des années 2000, la notion de « liberté cognitive » revient aujourd'hui sur le devant de la scène alors que se…
Forgée au début des années 2000, la notion de « liberté cognitive » revient aujourd'hui sur le devant de la scène alors que se généralisent des…
L’ouvrage > “Phénoménologie de l’esprit” (1807)