Au balcon des baleines

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© Bruno Bressolin / Valérie Oualid

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Cet article est issu du numéro 115 de Philosophie magazine « Pourquoi est-il si difficile de changer ? », en kiosque le 30 novembre 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Les cétacés sont-ils capables de poésie ? À les voir bondir hors de l’océan depuis une plage de l’île de La Réunion, on serait tenté de le croire.

Au sud de la plage de Boucan Canot, sur l’île de La Réunion, la pointe des Aigrettes, relèvement volcanique d’environ 20 mètres d’altitude, est coiffée d’un replat protégé par un bosquet de tamaris. C’est une loge parfaite pour regarder le soleil s’effondrer dans l’océan Indien. La mer s’étend, plein ouest, rougie, striée de courants. Les plissures des vagues se succèdent en bon ordre, la houle ne se lasse jamais. Je suis ainsi fait que j’éprouve un déplorable plaisir à faire surgir le souvenir d’un poème devant le moindre spectacle, comme si la vie consistait à confirmer qu’elle ressemblait à ce que la littérature en disait. Ici, Les Fleurs du Mal viennent à la rescousse : « Les houles, en roulant les images des cieux, / Mêlaient d’une façon solennelle et mystique / Les tout-puissants accords de leur riche musique / Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux. » Charles Baudelaire avait navigué en ces parages en 1841. Et bien qu’il s’évertuât à déclarer à sa mère que ce fut un « regrettable voyage sur le “Paquebot des Mers du Sud” », il semblerait que la monstrueuse splendeur de La Réunion ait ébloui le poète. Mes camarades sont lassés de ces références. « Jouis au lieu de réciter tes vers », disent-ils. Il me paraît pourtant que rien ne sert mieux le génie d’un lieu qu’un poète fécond. Soudain, un fracas déchire le grondement des houles. Une baleine à bosse a sauté à cinq cents pieds du promontoire.

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