Entretien

Cagé & Piketty : “Il n’est pas sain de laisser LFI et le RN en dehors du système”

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Cagé & Piketty : “Il n’est pas sain de laisser LFI et le RN en dehors du système”

Les économistes Thomas Piketty et Julia Cagé. © Franck Ferville pour PM

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Pour les auteurs d’Une histoire du conflit politique (Seuil, 2023), la tripartition politique est à l’origine de la crise gouvernementale actuelle. Afin de surmonter les difficultés à diriger le pays, et de permettre une véritable alternance, ils invitent LFI à faire preuve d’humilité pour former une large coalition ouverte aux aspirations de toutes les classes populaires, et le RN à s’allier dans une nouvelle union des droites. Un retour à un « nouveau » clivage gauche-droite… pour la santé démocratique de la France ?


 

Pourquoi la tripartition génère-t-elle autant de blocages politiques au niveau des institutions ?

Julia Cagé : Le principal problème de la tripartition est qu’elle empêche des alternances politiques claires au gouvernement, des alternances qui respectent les choix des électeurs et qui permettent de les impliquer réellement dans le choix des dirigeants et des politiques qui les concernent. On le voit aujourd’hui en France : on cherche de nouveau à s’appuyer sur une coalition du centre pour gouverner le pays, ce qui revient de facto à exclure une large partie des électeurs, à gauche comme à droite. De façon générale, l’idée selon laquelle il faudrait gouverner le pays en rassemblant tous les partis dits « raisonnables », du centre-gauche au centre-droit, du Parti socialiste aux Républicains (LR), à l’exclusion des « extrêmes » – La France insoumise (LFI) à gauche et le Rassemblement national (RN) à droite –, est une dangereuse illusion, qui ne fera que mener à de nouvelles déceptions et à renforcer les extrêmes en question. D’abord parce que cette coalition des gens raisonnables ressemble fort à une coalition des plus favorisés. Or, ce n’est certainement pas en excluant les classes populaires du gouvernement que l’on va sortir de la crise démocratique. Ensuite parce que la démocratie électorale a besoin d’alternances claires et assumées pour fonctionner correctement.

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