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Comment peut-on être inégalitaire ?

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Comment peut-on être inégalitaire ?

© Emmanuel Pierrot pour PM

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Cet article est issu du numéro 33 de Philosophie magazine « 33 - octobre 2009 », en kiosque le 24 septembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La philosophie, de Platon à Hannah Arendt, rappelle qu’une égalité démesurée peut être un mal. Explications de Jean-François Mattéi.

Tocqueville est le premier à avoir montré que l’égalité allait devenir l’idée motrice des siècles nouveaux. Dans De la démocratie en Amérique, publié en 1835, il comprend qu’un processus continu d’égalisation des conditions s’affirme dans tous les domaines de l’existence – politique, social, intellectuel, et on pourrait ajouter aujourd’hui sexuel. En fait, l’idée d’égalité est devenue pour nous si naturelle que nous ne pensons même plus à interroger sa légitimité. Or, ce que nous montrent la plupart des grands penseurs, de Platon à Hannah Arendt, c’est que, loin d’être évidentes, nos conceptions égalitaires peuvent d’abord se révéler injustes. Elles doivent ensuite tenir compte de la résistance du réel. Et elles sont enfin menacées d’un effet pervers.
 

Contre l’égalité arithmétique : Platon et Nietzsche

Dans Le Politique et surtout dans Les Lois, Platon (et Aristote le suivra sur ce point) oppose l’égalité arithmétique à l’égalité géométrique. La première est une égalité selon le nombre, que reprendront les Américains en posant “One man, one vote” (“Un homme, un vote”). C’est-à-dire un égale un. Cette égalité n’est pas niable. Mais elle est essentiellement quantitative, et donc purement abstraite. On ne sait pas à quoi renvoient un ou cinq lorsqu’on dit “un égale un” ou “cinq égale cinq”. Platon remarque que l’égalité arithmétique peut se révéler injuste dans la mesure où elle ne donne pas à chacun selon ses mérites, son travail ou ses capacités. Il défend donc une égalité géométrique : selon la proportion. Il va même plus loin, puisque, dans La République, il affirme une hiérarchie dans chacun des domaines de l’être : par exemple, ce qui relève de la science (épistémé, en grec) est supérieur à ce qui relève de l’opinion (doxa). D’où l’idée d’une proportion harmonique régnant à la fois dans le monde, dans les âmes et dans la Cité.

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