Vos questions
“Dois-je avoir honte de me mettre en colère ?”
Illustration : © Séverine Scaglia pour PM
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 156 de Philosophie magazine « C’est quoi un bon Français ? », en kiosque le 13 janvier 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Question de Pauline Courbet
Dans la colère, chère Pauline, il nous arrive d’être comme hors de nous-mêmes, excessifs ou ridicules, souvent parfaitement inefficaces. Il n’est donc pas surprenant que cette colère, à laquelle Sénèque a consacré un livre et qui est l’un des sept péchés capitaux des chrétiens, nous fasse honte. Elle peut pourtant être belle, légitime ou salutaire. Dans certains cas, la colère indique qu’une limite a été franchie – une limite dans l’humiliation, l’injustice, la souffrance… – et que ce franchissement est inacceptable ou perçu comme tel. Par la colère, je m’affirme alors comme sujet en indiquant que cette limite n’est pas discutable, qu’il y a là quelque chose de non négociable. Je peux le faire soit à partir d’une position simplement subjective (j’estime que je n’ai pas à vivre cela sans me prononcer pour les autres), soit à partir d’une position subjective mais visant l’universel (j’estime que je n’ai pas à endurer cela, parce qu’aucun homme ne devrait avoir à l’endurer). Lorsque, dans L’Homme révolté (1951), Albert Camus écrit : « Je me révolte, donc nous sommes », il laisse entendre combien la colère d’une subjectivité peut se réclamer en même temps de toutes les subjectivités. Dans les deux cas, la colère peut conduire à la révolte, à la résistance, à l’action. C’est d’ailleurs l’une des conditions pour qu’elle ne se change pas en haine ou en ressentiment.