Hors-série “Vivre et penser comme un arbre”
Éloge de la hache
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Cet article est issu du Hors-série n°N° 53 de Philosophie magazine « Vivre et penser comme un arbre », en kiosque le 12 mai 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pour un charpentier, passer les grumes au banc de scie, c’est désormais plus rapide et plus efficace qu’à la hache. Mais délaisser ce geste ancestral, c’est priver l’homme et ses forces de leur rencontre avec la nature.
Les coups de hache, secs et réguliers, font sonner tout le tronc. Debout sur la grume, dans un champ de copeaux frais, le charpentier pratique une série d’entailles dans le flanc de l’arbre gisant. Ce sont des encoches grossières, taillées en trois ou quatre coups puissants, qui mordent profondément dans le tronc jusqu’à atteindre le vrai bois. Dans les joues de ces évidements, on découvre la succession des couches qui composent l’arbre : la couleur sombre et rugueuse de l’écorce en surface, le jeune aubier et sa pâleur innocente au milieu, puis à nouveau plus sombre, au cœur, le duramen et ses nervures fines.
"C’est le contraire d’un déchirement, c’est le verdict sonore du geste bien exécuté"