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“The Expanse” : l’aventure du désir
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Space opera ambitieux, la série de science-fiction The Expanse plonge son spectateur au XXIIIe siècle, dans un univers où la Terre, Mars, et les habitants de la ceinture d’astéroïdes se livrent une guerre larvée. Voyages interplanétaires, mystérieuse molécule extraterrestre, portails dimensionnels : les codes du genre sont respectés. Ce qui fascine pourtant dans la série, au-delà de la qualité de la réalisation, c’est l’ampleur de son questionnement métaphysique.
Le milieu et la vie
Dans le monde de The Expanse, la prophétie que formulait Hannah Arendt dans Condition de l’homme moderne (1958) s’est, en quelque sorte, réalisée : « Il se pourrait que nous, qui sommes des créatures vouées à la Terre, ayons commencé à agir comme si nous étions des habitants de l’univers. » Quelque chose résiste, pourtant, à ce mouvement de conquête, ce « désir d’échapper à l’emprisonnement terrestre », selon la philosophe : « L’artifice humain du monde sépare l’existence humaine de tout milieu purement animal, mais la vie elle-même est en dehors de ce monde artificiel, et par la vie l’homme demeure lié à tous les autres organismes vivants. »
Les Ceinturiens [dans la série, les habitants de la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter] subissent, au plus haut point, le revers de ce désir : eux qui sont nés sur des astéroïdes d’une masse infime ne sont pas capables de vivre sur le sol d’une planète, dont la pesanteur les écrase. Le milieu de leur naissance façonne leur être charnel – au point qu’il leur est désormais impossible de partager un monde, un espace, avec les Martiens et les Terriens. « Le dernier lien qui maintient encore l’homme parmi les enfants de la nature », comme le dit Arendt, est rompu, et cette rupture les condamne à vivre dans un monde étroit, totalement artificiel. Leur existence repose sur des ventilateurs, des extracteurs de glace, sur un air conditionné et sur les réserves alimentaires des planètes intérieures.
The Expanse met, ainsi, en évidence, combien la vie est façonnée par son milieu – et combien une vie qui croîtrait dans un milieu artificiel, exilée de la surabondance de la nature, serait une vie vouée à la pauvreté, à la précarité, à la misère. Les Ceinturiens, en leur être même, dépendent d’un acte humain de volonté, d’un geste humain. Ils doivent, sans cesse, faire l’effort de maintenir une existence suspendue qui ne peut trouver refuge dans le don gratuit de la nature et qui, par conséquent, se replie sur elle-même, sur la seule survie.