Un classique éclaire le présent
Faut-il suivre les conseils d’autrui ?
Emmanuel Kant. © Domaine public/William L. pour PM
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Nous sommes régulièrement amenés à solliciter des conseils. Mais faut-il vraiment les suivre ? Pour Emmanuel Kant, la réponse est complexe. D’un côté, le conseil ne doit pas se substituer à notre propre jugement. Mais d’un autre côté, une opinion doit se confronter à celle des autres pour se construire. Comment différencier le bon conseil de celui qui nous aliène ? Pour vous forger votre propre avis, suivez celui de Kant.
Penser par soi-même pour s’émanciper
Penseur des Lumières, Kant défend la nécessité pour les hommes de penser par eux-mêmes et de former leurs propres jugements pour s’affranchir de toutes les formes d’irrationalisme qui asservissent les consciences. Puisque chacun de nous est dépositaire de la même raison universelle, nous sommes tous capables de penser de manière indépendante sans avoir besoin de nous référer à autrui. Le philosophe en fait la condition de l’émancipation par le savoir, car c’est en pensant par nous-mêmes que nous cessons d’être soumis à l’autorité des autres et de leurs jugements. Dans Qu’est-ce que les Lumières ? (1784), il souligne l’importance de l’indépendance intellectuelle de chacun : « Sapere aude, aie le courage de te servir de ta propre intelligence ! voilà donc la devise des Lumières. » Il fustige ceux qui refusent d’accéder à cette maturité intellectuelle et « restent volontiers mineurs toute leur vie », par « paresse » et « lâcheté ». Se remettre systématiquement à la pensée et aux conseils de ceux qui sont perçus comme des figures d’autorité est selon lui une position confortable, mais contraire à ce dont nous sommes capables en tant que personnes rationnelles : « Il est si commode d’être mineur ! J’ai un livre qui a de l’esprit pour moi, un directeur qui a de la conscience pour moi, un médecin qui juge pour moi du régime qui me convient, etc. ; pourquoi me donnerais-je de la peine ? Je n’ai pas besoin de penser, pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront pour moi de cette ennuyeuse occupation. »