Généalogie d'une notion
Il était une fois la social-démocratie (3/3) : Jaurès et “l’évolution révolutionnaire”
Jean Jaurès en 1890. © Henri Manuel/Domaine public
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Quels sont réellement les origines et les principes de la social-démocratie ? Pour le comprendre, nous vous proposons de revenir dans une série de trois articles sur les fondements de ce courant politique et idéologique, à partir des réflexions que lui ont consacré Karl Marx, Eduard Bernstein et Jean Jaurès.
Troisième épisode : la voix singulière de Jaurès au sein du mouvement socialiste. Celui-ci défend une ligne entre réforme et révolution par l’affirmation d’un socialisme radical et démocratique, à mi-chemin entre l’attente d’une hypothétique révolution et les dérives d’une social-démocratie trop compromise avec le capitalisme.
La critique de l’opposition entre révolutionnaires et réformistes
Jean Jaurès (1859-1914) s’est exprimé à plusieurs reprises sur la « querelle réformiste » qui agite le SPD depuis 1896 [lire notre volet précédent sur le « moment Bernstein »] à propos de la stratégie à adopter pour faire triompher les objectifs et revendications du mouvement ouvrier. D’une part, il critique les positions trop rigides des révolutionnaires qui refusent toute discussion avec les autres forces politiques, se contentant d’attendre que la révolution se produise. Mais il dénonce aussi ce qu’il considère comme les dérives de la vision réformiste d’Eduard Bernstein, estimant que ce serait une erreur d’abandonner tout objectif de révolution au simple motif qu’on ne peut pas savoir lorsqu’elle adviendra : en procédant ainsi, Bernstein prend le risque d’accepter le fonctionnement du capitalisme. Ainsi, dans un article publié en 1899 dans le journal socialiste La Petite République, il critique d’abord l’attentisme des révolutionnaires : « L’expérience a démontré que la société capitaliste avait plus de ressources encore et de chances de durer que Marx et quelques-uns de ses disciples ne l’avaient cru. Et sur ce point, il a été facile à Bernstein de relever la vanité des prophéties marxistes ; il y a eu dans l’esprit de Marx, d’Engels, une part d’illusion incontestable. Ils ont exagéré la puissance de Révolution automatique continue dans le système capitaliste lui-même. » Mais Jaurès rejette également la position de Bernstein, qui « commet le même vice de raisonnement imputé par lui aux marxistes lorsqu’il réduit presque à rien les chances de grande crise et de grande commotion. Son prophétisme idyllique est aussi vain que le prophétisme apocalyptique de certains marxistes ».