Joël Thoraval : « On peut s’accorder sur les droits de l’homme à partir d’arrière-fonds métaphysiques différents »

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Cet article est issu du numéro 20 de Philosophie magazine « 20 - juin 2008 », en kiosque le 29 mai 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Marxisme, éthique du capitalisme, droits de l’homme : l’anthropologue Joël Thoraval* précise les conditions de la diffusion en Chine de ces théories.

Philosophie magazine : Comment s’est passée l’introduction du marxisme en Chine, en apparence peu compatible – par son caractère messianique, utopique – avec la pensée chinoise traditionnelle ?

Joël Thoraval : Dans l’immense histoire de la pensée chinoise, on peut choisir de reconnaître des dimensions « messianiques », non seulement chez des mouvements sectaires jugés hétérodoxes par l’État impérial comme les Taiping, mais au sein de la tradition « confucéenne » elle-même. Une tradition exégétique des classiques comme celle du Gongyang, qui met l’accent sur leur sens ésotérique, a été reprise à la fin de l’Empire par des lettrés réformateurs dans un sens millénariste, annonçant une ère mondiale de « Grande unité ». La rencontre avec les idéaux modernes d’émancipation populaire s’est d’abord traduite par une passion pour la pensée non pas marxiste mais anarchiste, surtout dans la version communautariste du militant russe Pierre Kropotkine. Ce n’est que la victoire des bolcheviques qui a convaincu une minorité radicale de la supériorité instrumentale du léninisme (parti, idéologie, mouvement de masse). Le triomphe du maoïsme en 1949 est lui-même un bel exemple de contingence historique, car il aurait été improbable sans l’invasion japonaise et ses conséquences destructrices.

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