Le billet de Jean-Marie Durand

J’y pense et puis je lis/Février 2023

Temps de lecture : 2 min

Cet article est issu du numéro 166 de Philosophie magazine « Préférons-nous l’ordre ou le désordre ? », en kiosque le 12 janvier 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Alors que le contexte politique dominé par les multiples visages de la guerre – militaire, climatique, sociale – n’invite guère à éprouver un sentiment de légèreté, comment ne pas céder à l’abattement en ce début de 2023 ? Comment esquisser la voie d’une espérance dans le labyrinthe de nos vies inquiètes ? Cet horizon aspire deux textes stimulants de cette nouvelle année. L’Espérance, ou la traversée de l’impossible (Bibliothèque Rivages, 144 p., 17 €) de Corine Pelluchon tout comme Démocraties d’en haut, démocraties d’en bas (Seuil, 480 p., 25 €) d’Olivier Mongin sont largement nourris par la phénoménologie et la philosophie politique des années 1950 à 1970, incarnées par Paul Ricœur, Maurice Merleau-Ponty, Michel de Certeau ou Claude Lefort. Prenant acte des fortunes diverses de la démocratie contemporaine, sortant du « logiciel » souverainiste et identitaire, Mongin, ex-directeur de la nonagénaire revue Esprit, entre dans le « labyrinthe du politique » – qui intéressait déjà Ricœur en son temps – pour faire le pari que nous ne sommes pas condamnés à l’inaction. Re-lire Ricœur, ce n’est pas mettre la violence entre parenthèses mais se demander « comment y répliquer autrement que par une surabondance de violence ». Pour Corine Pelluchon aussi, l’anxiété actuelle ne peut être une fatalité. Au nihilisme, elle oppose « un désespoir surmonté », une confiance dans ce principe espérance que Charles Péguy comparait à une petite fille tenant ses grandes sœurs par la main. C’est à partir de la relecture de ces philosophies de la volonté, de l’écoute, du corps politique, qu’Olivier Mongin et Corine Pelluchon réactivent une espérance concrète, vibrante, lucide face aux hauts et aux bas de nos démocraties, clairvoyante face à la nuit en plein jour.