Hors-série "Platon"
Kant et Platon : la colombe privée d’air
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Cet article est issu du Hors-série n°n°45 de Philosophie magazine « Platon. Comment sortir de la caverne ? », en kiosque le 11 juin 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Sans nier le bénéfice des idées de la raison, notamment en éthique, Kant ne peut souscrire au rationalisme à tout crin de Platon, lui qui fraye une voie entre rationalisme pur et empirisme. Quant à l’impératif catégorique, il ne s’accommode pas d’une doctrine qui fait du bonheur le souverain bien.
« Lors de son vol libre, alors qu’elle fend l’air dont elle éprouve à cette occasion la résistance, la colombe légère pourrait se représenter qu’elle serait bien plus efficace dans un espace vide d’air. C’est d’ailleurs ainsi que Platon quitta le monde sensible, ce dernier imposant, de son point de vue à l’entendement des limites trop étroites, pour aller s’aventurer au-delà de ce monde, sur les ailes des Idées, dans l’espace vide de l’entendement pur. Il ne se rendit pas compte que, malgré tous ses efforts, il n’avançait nullement, car il ne rencontrait rien qui lui résistât et fût susceptible de lui fournir, pour ainsi dire, un socle sur lequel s’appuyer et appliquer ses forces pour pouvoir changer son entendement de place. » Cette image, mobilisée par Kant au début de la Critique de la raison pure, résume en quelques mots les griefs du philosophe de Königsberg à l’égard de Platon en ce qui concerne la connaissance : la doctrine platonicienne, qui cherche à atteindre le monde immatériel des Idées, fait totalement abstraction de la sensibilité. De ce point de vue, Platon est incontestablement « le plus notable philosophe de ce qui relève de l’intellect », le « chef des noologistes (rationalistes) ».