Agriculture
La disparition des haies : drame écologique, drame humain
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70% des haies ont disparu depuis les années 50. Ce sont les conclusions du récent rapport « La haie, levier de la planification écologique » du Conseil général de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Espaces ruraux. Un drame éclairé par François Dagognet, Michel Serres et Martin Heidegger.
Plus des deux tiers des haies ont disparu depuis 1950. Comment en sommes-nous arrivés là ? Le fil historique qui mène à l’actuelle disparition des haies est relativement simple à suivre. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et alors que débute le baby boom, il faut produire davantage. Dans des pays exsangues, la solution viendra en grande partie d’une mécanisation à marche rapide de l’agriculture. Or, note le philosophe Gilbert Pons dans Le Paysage. Sauvegarde et création (Champ Vallon, 2017), « les tracteurs […] imposent d’eux-mêmes le remembrement des propriété car il faut désormais des champs d’un seul tenant […] Pour les mêmes raisons, nous assistons à l’arrachage des haies » pour permettre la circulation sans obstacle des véhicules agricoles. Débute une phase de « regroupement unitaire » de territoires auparavant beaucoup plus morcelés, qui conduit à la destruction de 1 400 000 kilomètres de haies.
Un désastre écologique
Pourquoi y a-t-il lieu de s’en inquiéter ? Qu’a-t-on perdu, en même temps que ces délimitations végétales de l’ancien monde agricole ? Il faut d’abord insister sur leur rôle dans la protection de la biodiversité. Comme le souligne Daniel Mathieu, président de l’association Tela Botanica, dans son article « Éloge de la haie, la mal-aimée », les haies servent à la fois de « garde-mager » et de « nurserie » (nids, terriers) à de nombreuses espèces sauvages. Elles jouent également le rôle d’« autoroute de la faune », permettant à une grande diversité d’espèces de circuler « à l’abri des regards », entre différents îlots par lesquels migrent les bêtes – c’est la fameuse « trame verte ». Par ailleurs, on peut ajouter une large gamme de services, directs ou indirects, rendus à l’homme (à l’agriculteur en particulier) par la haie. Bien entretenue, elle peut représenter, entre autres, « une ressource de bois non négligeable ».