Société

La police est-elle au-dessus des lois ? Les réponses de Foucault et Benjamin

Temps de lecture : 3 min

Le directeur général de la Police nationale française Frédéric Veaux (photo) a déclaré que les agents des forces de l’ordre faisant l’objet d’une enquête ne devraient pas être incarcérés tels des citoyens ordinaires

Le directeur général de la Police nationale française Frédéric Veaux (photo) a déclaré que les agents des forces de l’ordre faisant l’objet d’une enquête ne devraient pas être incarcérés tels des citoyens ordinaires. © Ludovic Marin/Pool via AP/Sipa

Cet article est réservé aux abonnés.

« Je considère qu’avant un éventuel procès, un policier n’a pas sa place en prison, même s’il a pu commettre des fautes ou des erreurs graves dans le cadre de son travail. » Les propos de Frédéric Veaux, directeur général de la Police nationale, suscitent de vives réactions. Faudrait-il extraire la police de la loi commune, qu’elle est chargée de faire appliquer ? Cette tentation d’une police au-dessus du droit est inhérente à l’institution, expliquent Michel Foucault et Walter Benjamin.


Naissance de la police

La première raison est historique, comme l’explique Michel Foucault dans un entretien diffusé sur Antenne 2 en 1977. Si l’on considère en général que la police est subordonnée à la justice, qu’elle en est seulement le bras armé, il en va tout autrement historiquement. « Le grand événement qui s’est passé au cours du XVIIIe siècle » n’est pas, comme on le pense souvent, « la réforme judiciaire » garantissant des droits et des libertés et limitant l’usage arbitraire de la force par la puissance publique. La « grande invention […] c’est la police […] sous sa forme moderne » : la création d’une « formidable instance de régulation sociale, de surveillance perpétuelle, de correction incessante du comportement des gens » qui sert d’abord au pouvoir à imposer l’ordre et la discipline.

Cet article est réservé aux abonnés