Société
La police est-elle au-dessus des lois ? Les réponses de Foucault et Benjamin
Le directeur général de la Police nationale française Frédéric Veaux (photo) a déclaré que les agents des forces de l’ordre faisant l’objet d’une enquête ne devraient pas être incarcérés tels des citoyens ordinaires. © Ludovic Marin/Pool via AP/Sipa
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« Je considère qu’avant un éventuel procès, un policier n’a pas sa place en prison, même s’il a pu commettre des fautes ou des erreurs graves dans le cadre de son travail. » Les propos de Frédéric Veaux, directeur général de la Police nationale, suscitent de vives réactions. Faudrait-il extraire la police de la loi commune, qu’elle est chargée de faire appliquer ? Cette tentation d’une police au-dessus du droit est inhérente à l’institution, expliquent Michel Foucault et Walter Benjamin.
Naissance de la police
La première raison est historique, comme l’explique Michel Foucault dans un entretien diffusé sur Antenne 2 en 1977. Si l’on considère en général que la police est subordonnée à la justice, qu’elle en est seulement le bras armé, il en va tout autrement historiquement. « Le grand événement qui s’est passé au cours du XVIIIe siècle » n’est pas, comme on le pense souvent, « la réforme judiciaire » garantissant des droits et des libertés et limitant l’usage arbitraire de la force par la puissance publique. La « grande invention […] c’est la police […] sous sa forme moderne » : la création d’une « formidable instance de régulation sociale, de surveillance perpétuelle, de correction incessante du comportement des gens » qui sert d’abord au pouvoir à imposer l’ordre et la discipline.