Motifs cachés

Le problème avec Saturne

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Le problème avec Saturne

illustration : Oriane Safré-Proust/Valérie Oualid pour PM.

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Cet article est issu du numéro 157 de Philosophie magazine « Comment la droite s’est emparée des esprits », en kiosque le 17 février 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La série américaine Succession met en scène un père « dévorant » ses quatre enfants. Mais cette fiction tout en cynisme ne tourne-t-elle pas à vide, faute de conflit intérieur ?

 

L’année 2022 ne sera pas seulement celle des élections mais aussi celle de la saison 4 de Succession, la série de HBO qui a triomphé aux Emmy Awards, autre histoire de pouvoir et de luttes fratricides – que j’avoue attendre avec une certaine impatience. Succession, c’est l’histoire de Logan Roy, un personnage de roi des médias inspiré par Rupert Murdoch. Comme le roi Lear, Logan est vieux. Comme le roi Lear, Logan a trois enfants – quatre en fait, en comptant le fils d’un précédent mariage. Cependant, la comparaison s’arrête là. Contrairement à Lear, Logan n’a aucune intention de se retirer des affaires. Les trois saisons de Succession racontent les tentatives malheureuses de ses quatre héritiers – Kendall l’aîné, Shiv sa sœur, Roman le cadet et leur demi-frère Connor – pour tuer le père. Ça ne fonctionne pas, et les deux derniers épisodes montrent le père baiser ses enfants – ce n’est pas moi qui le dis, c’est lui : « Je vous ai baisés ! » – avec une telle cruauté que Kendall est sur le point de perdre la raison. Logan Roy n’est pas le roi Lear, c’est Saturne en personne. J’ai adoré les deux derniers épisodes – mais durant les sept précédents, comme durant les premiers de la série, je me suis beaucoup ennuyée. Ce qui soulève au moins deux questions : d’où vient cet ennui ? Et pourquoi j’ai regardé quand même ?

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