Dossier / “Y a-t-il des bons et des méchants ?”
Les maux pour le dire
© Thomas Louapre/Divergence
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Cet article est issu du numéro 175 de Philosophie magazine « Y a-t-il des bons et des méchants ? », en kiosque le 30 novembre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Partager le monde entre les bons et les méchants, c’est tout simplifier et tomber dans le manichéisme. Mais alors, comment faire face au mal ? Peut-être en changeant de vocabulaire…
Nous devons « nous éloigner du schéma habituel du “Petit Chaperon rouge” », car « il n’y a pas de bons et de méchants métaphysiques, de manière abstraite ». Qui a dit cela à propos de la guerre en Ukraine ? Un philosophe désabusé ? Un géopoliticien réaliste ? Non, c’est le pape François ! Si même un guide religieux, censé incarner l’éthique de la conviction fondée sur des valeurs absolues, trouve absurde d’appliquer des critères moraux à une agression armée, on ne voit pas bien qui pourrait le faire, à part des enfants, des militants fanatiques ou des amateurs de films hollywoodiens.
Cette condamnation du manichéisme semble tout aussi vraie dans le domaine personnel. Ceux qui ont vu le film d’animation Kirikou et la Sorcière savent que la terrifiante Karaba dissimule une blessure et exprime sa souffrance par sa méchanceté. Il suffit d’ailleurs de réfléchir au bien et au mal pour se rendre compte que les vrais méchants sont ceux qui se croient bons. « Nous ne devons pas oublier que ceux qui sont responsables du triomphe du mal dans le monde, ce ne sont pas ses exécutants aveugles mais les esprits clairvoyants qui servent le bien », écrit le philosophe russe Fiodor Stepun (1884-1965), en pensant aux ravages des idéologies chez des hommes prêts à tout afin de faire advenir leur idéal.