Lecture d’été
“Les Mots et les Choses” : et si l’être humain était dépassé ?
© Éditions Gallimard
Cet article est réservé aux abonnés.
Publié pour la première fois en 1966, Les Mots et les Choses de Foucault jette un regard critique sur l’humanisme et, d’une manière générale, sur cet étrange objet que les sciences humaines ont récemment décidé de prendre pour sujet d’étude : l’être humain.
Les Ménines, entre choses et représentations
Le premier chapitre des Mots et les Choses est une analyse magistrale des Ménines (1656), célèbre chef-d’œuvre de Vélasquez (et peinture mentionnée sous son nom français d’alors, Les Suivantes). Pourquoi ? Parce que ce qui caractérise ce tableau, c’est le jeu de perspectives croisées qu’il instaure entre le regard des personnages de cour qui y sont représentés et celui du couple royal qui est en train d’être peint, et dont il se trouve qu’il s’identifie exactement à celui du spectateur – lequel, évidemment, n’est pas lui-même représenté sur la toile, de la même manière que le roi n’apparaît dans un miroir « que dans la mesure où il n’appartient pas au tableau ».
Or si cette absence intrigue, elle est surtout révélatrice aux yeux de Michel Foucault d’une manière plus générale de se représenter les choses, dans laquelle « l’invisibilité profonde de ce qu’on voit est solidaire de l’invisibilité profonde de celui qui voit – malgré les miroirs, les reflets, les imitations, les portraits ». Selon le philosophe, la cohérence des Ménines fait de cette œuvre une « pure représentation » sans son sujet ; il la considère à ce titre comme la parfaite illustration de « la représentation classique », où figurent « tous ses éléments » mais où, cependant, « un vide essentiel est impérieusement indiqué de toutes parts : la disparition nécessaire de ce qui la fonde ».