Les ordonnances des philosophes
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Cet article est issu du numéro 90 de Philosophie magazine « La santé, c'est dans la tête ? », en kiosque le 28 mai 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Parce qu’ils ne séparent pas le soin de l’âme de celui du corps, les philosophes n’ont eu de cesse, depuis l’Antiquité, de prodiguer conseils et remèdes menant à la « grande santé ». Avec le médecin et philosophe Jean-Claude Fondras, nous avons tiré de leurs spéculations des recommandations concrètes. Prêt pour une consultation philosophique ?
Docteur Sénèque
Piazza di Spagna - 187 Roma
Médecine Coué: Se battre avec le mental
4 av. J.-C.- 65 ap. J.-C.
Préteur puis consul romain, il fut surtout le précepteur et la plume de Néron. Il tombe gravement malade à l’âge de 20 ans. Atteint de catarrhes fréquents et d’accès de fièvre, il voit fondre son corps jusqu’à une extrême minceur.
Traités de référence : De la brièveté de la vie, Lettres à Lucilius, De la Providence
Mes principes thérapeutiques
L’âme est tout. Chacun reçoit un corps sans que cela ne dépende ni de ses mérites ni de ses torts. Votre esprit, voilà le véritable maître. Des quatre passions qui se trouvent en vous, que ce soit la crainte, le désir, le plaisir ou la souffrance, aucune ne doit influencer vos choix. Vous devez vous tenir aussi loin possible du corps. Seules la volonté et la défiance sont les guides du sage. Celui-ci doit s’efforcer d’être un dieu parmi les hommes. Sa différence avec le maître des cieux n’est qu’une affaire de longévité. Mais, dans l’adversité, il le surpasse, car le sage, lui, doit se confronter aux maux et aux maladies. L’ataraxie, l’absence de troubles, voilà le bonheur que j’essaie d’approcher. À l’inverse, la véritable et la pire des maladies, c’est celle de l’âme qui se croit subordonnée à son enveloppe charnelle.
Mes atouts santé
Si, pour vous, avoir un corps en pleine santé est un but en soi, alors ne soyez guère étonné d’être malheureux. Car cela ne dépend pas de vous. Ce qui dépend de vous, c’est la fermeté de votre résolution. Et rien ne vaut la maladie pour prouver votre supériorité de caractère sur l’homme ordinaire. La santé de votre corps est une chose à laquelle vous devriez être indifférent. Méditez ceci : la maladie peut devenir « un réel bonheur à supporter cet accident avec courage ». La santé idéale consiste à être capable de sourire dans la torture – et ne pensez pas que ce sont des paroles en l’air. Lorsque les gardes de Néron, après ma conspiration, m’ont proposé d’être condamné publiquement et exécuté, ou de me suicider, j’ai choisi la seconde solution. J’avoue avoir tremblé. Je me suis coupé les veines et suis demeuré dans un bain d’eau chaude, adressant à ma femme et à ma famille des paroles d’adieu et les exhortant à rester fermes.
Mes prescriptions
« Ne cédez pas à cette propension au rien faire vers laquelle incline une santé malade. Lisez à haute voix, exercez votre respiration […], montez sur un navire […], prenez telle nourriture, ayez recours au vin », bref, ne vous laissez pas vaincre. Passez un minimum de temps au lit, ne vous écoutez pas trop, affrontez la maladie et triomphez-en. On se trompe souvent en allant à la pharmacie, parce qu’on apprend les préceptes avant les principes. La santé, c’est dans votre tête, et c’est là, tout de suite, maintenant.
Docteur Laozi
Qianmen 1105 - Beijing
Médecine chinoise: Imiter l’eau
VIe-Ve siècles av. J.-C.
Contemporain de Confucius, il a ouvert la voie du taoïsme. Ce demi-dieu serait resté soixante-deux ans dans le ventre de sa mère avant de naître avec des cheveux blancs et une barbe. À 160 ans, il aurait disparu et se serait réincarné pour transmettre son enseignement sous une autre forme
Traité de référence : Tao-tö-king (« Le Livre de la voie et de la vertu »)